Thème

Sous-thèmes

Article

Thierry Kesteloot « La souveraineté alimentaire ne concerne pas uniquement les pays du Sud"

Dans cette seconde partie, Thierry Kesteloot évoque le rôle de la Belgique pour favoriser le droit à la souveraineté alimentaire ainsi que les besoins des consommateurs. Car ceux-ci sont soucieux du modèle alimentaire et agricole en vigueur dans leur pays. Correspond-t-il à leurs attentes ? Au Nord comme au Sud, la question mérite d’être posée.

Est-ce que le droit à la souveraineté alimentaire concerne uniquement les pays du Sud ?

Non. Il s’agit d’un droit universel. On en parle d’ailleurs régulièrement ici, en Europe, notamment dans les médias. Je crois que les gens se sentent interpellés par ces questions. Il y a un certain malaise par rapport à l’alimentation. Les consciences ont été aiguisées par différents éléments. Je pense entre autres aux films-documentaires et aux reportages sur l’alimentation, mais aussi aux différentes crises alimentaires que l’Europe a traversé (la crise de la dioxine, la maladie de la vache folle, etc.).

Tout cela a attisé le malaise par rapport à une agriculture de plus en plus éloignée des consommateurs. Ceux-ci sont souvent surpris lorsqu’on leur présente la manière dont les aliments sont produits. Les conditions d’élevage des poulets, les hormones, les OGM,…cela engendre beaucoup de questions. Du coup, les consommateurs réfléchissent au modèle agricole pratiqué dans leur pays. Est-ce bien ce modèle-là qu’ils souhaitent ? On est dans un questionnement par rapport au choix du modèle agricole, et donc, dans la souveraineté alimentaire. Dans les pays en développement, c’est pareil. Sauf que les réflexions ne sont pas motivées par les mêmes raisons.

Quel rôle la Belgique joue-t-elle pour favoriser la souveraineté alimentaire ?

La question est tout d’abord de savoir si la Belgique a une position ou pas. Et force est de constater que parfois, elle adopte des positions qui ne vont pas toujours dans le sens de la souveraineté alimentaire. Au sein de l’Union européenne, la Belgique défend généralement ses propres intérêts. Elle analyse au préalable en quoi consiste l’agriculture en Flandre, en Wallonie, et adapte ses points de vue en fonction de cela. La Belgique n’est pas à la tête d’un combat ou d’une alternative. Elle tente au contraire d’accommoder les propositions de la Commission européenne pour en tirer le meilleur parti. C’est légitime, mais ce n’est pas de cette manière que l’on peut encourager la souveraineté alimentaire.

D’un autre côté, la Belgique ce n’est pas que le gouvernement. Et au niveau de la société civile, il existe de nombreuses initiatives intéressantes. Citons entre autres l’exemple de la Plate-forme Souveraineté Alimentaire, qui rassemble  des producteurs, des organisations de protection de l’environnement, des associations de coopérations développement, des consommateurs, tant francophones que néerlandophones.  Nous sommes l’un des seuls pays au niveau de l’Union européenne qui a cette expérience de dialogue, de construction, de propositions entre les principaux acteurs liés à l’agriculture.  

Je crois qu’il y a aussi une assez grande ouverture de la part de certains parlementaires, de départements dans les ministères  par rapport à la souveraineté alimentaire. Il y a des choses qui bougent en Belgique. Et cela peut, à terme, influencer les positions du gouvernement.

Pouvez-vous nous parler de la campagne d’Oxfam-Solidarité « Le commerce du lait : un concentré d’injustice » ? Pourquoi avoir choisi ce thème pour illustrer la problématique de la souveraineté alimentaire ?

La campagne « Lait » est une campagne qui s’étale sur deux ans. Pourquoi avoir choisi le lait ? Il y a à cela trois raisons principales.

Tout d’abord, c’est un choix pertinent par rapport à l’agenda politique. En effet, l’Union européenne est actuellement en train de revoir sa politique vis-à-vis du lait. Les discussions portent notamment sur la question des quotas. Ceux-ci permettent de répartir la production de lait sur l’ensemble du territoire (répartition des pâturages, de l’alimentation, du bétail) ; de contrôler la production et d’éviter une surproduction trop importante ; de garantir des revenus honnêtes aux producteurs et des prix abordables pour les consommateurs. Ces quotas ont donc de nombreux avantages. Pourtant, certains souhaitent les supprimer, car ils constituent un frein pour les petites entreprises qui désirent s’agrandir. La tendance en Europe est plutôt d’aller vers des « usines à lait », des grandes entreprises qui produiraient beaucoup de lait, de façon industrielle. Or, l’immense majorité de la production laitière se fait dans des petites entreprises familiales. C’est un second enjeu dans les débats au sein de la Politique Agricole Commune (PAC) : veut-on un modèle agricole productiviste ou souhaite-t-on préserver l’agriculture familiale ?

Ensuite, parce que le lait est au cœur des politiques commerciales et des négociations entre l’Union européenne et d’autres pays, notamment africains. En observant les pays en développement, on remarque qu’il y a là un grand potentiel de production de lait, notamment parce qu’on y élève beaucoup de vaches. Or, les politiques agricoles et commerciales en vigueur actuellement empêchent ce potentiel de se développer.

Enfin, parce que le lait est l’un des produits les plus exportés par l’Union.
A travers cette campagne « Le commerce du lait : un concentré d’injustices », nous souhaitons attirer l’attention de l’opinion publique sur les discussions en cours au niveau européen. Nous voulons sensibiliser les gens et leur expliquer la situation. Parmi les moyens dont nous disposons, il y par exemple les pétitions. En signant, les citoyens peuvent s’impliquer et exprimer leur point de vue quant aux politiques agricoles. Ils peuvent ainsi, s’ils le souhaitent, défendre l’agriculture familiale et le droit à la souveraineté alimentaire. Ces pétitions sont ensuite utilisées comme instrument de pression sur les politiciens.

Ajouter un commentaire


(*) champs obligatoires, l’e-mail ne sera pas affiché sur le page.

Commentaires (0)