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Témoignage d'un objecteur de croissance

Jean-Pierre Wilmotte est pré-pensionné. Depuis quelques années, il participe activement à différents groupes de Louvain-la-Neuve dont les actions visent à promouvoir un autre style de vie, à diffuser le message des objecteurs de croissance.
Qu’est-ce qu’un objecteur de croissance ?
Avant tout, c’est quelqu’un qui est opposé à la croissance, à la croissance économique, qui se mesure généralement par l’accroissement du produit national brut. C’est selon moi un indicateur tout à fait absurde. Parce qu’il ne tient compte que de l’économie d’un pays, ce qui génère de l’argent, que ce soit une guerre, un tremblement de terre ou autre chose, ce qui booste la croissance. Les économistes qui se basent sur cet indice considèrent que si l’économie va mal, le pays tout entier va forcément mal aussi.
Un objecteur de croissance n’est pas tellement favorable à cela. Il est plutôt pour qu’il y ait dans le pays une croissance des liens entre les gens et il préfère le slogan « moins de biens plus de liens ».
Comment cela se traduit-il au quotidien ?
C’est assez difficile parce qu’on est quand même enfermé dans un système qui fonctionne beaucoup sur la consommation de produits du marché. Moi j’essaye par différents moyens de sensibiliser les gens, de les encourager à résister à ce système. Notamment en ayant des activités qui sortent du marché. Comme par exemple le GAC, le Groupe d’Achats en Commun de Louvain-la-Neuve, qui est en réalité bien plus qu’un groupe d’achats en commun. Certains groupes d’achats sont simplement des dépôts de paniers. Chez nous, il y a des gens qui n’achètent pratiquement rien mais qui viennent au GAC toutes les semaines justement parce qu’il y a des liens qui s’établissent. De plus, à l’occasion de l’acquisition de biens alimentaires ou d’entretien pour le groupe, il y a une réflexion commune qui se fait. Ce qui est intéressant, c’est de voir que des gens qui venaient au départ uniquement pour leur assiette développent par la suite des positions plus radicales qui visent véritablement à sortir du système de l’économie de marché.
Quel a été votre cheminement jusqu’à l’objection de croissance ?
Dans ma jeunesse, j’étais militant marxiste-léniniste, un maoïste, comme on disait à l’époque. Mais j’ai essuyé de nombreuses déceptions, dont notamment mon exclusion d’une organisation. Cependant, à ce moment-là, je ne me posais pas encore la question du productivisme et de son impact sur la société. Je croyais naïvement que pour que le peuple soit bien, il fallait augmenter la production, comme ça se faisait en URSS ou en Chine.
Ensuite, pendant plusieurs années, comme je ne savais plus trop dans quel groupe militer, je n’ai plus rien fait. J’ai continué mon travail à l’usine, je me suis occupé des enfants…tout en essayant de vivre en accord avec mes valeurs de gauche.
Il m’a fallut tout de même un certain temps avant de m’apercevoir des contradictions de ma vie à la campagne. Comme par exemple le fait d’utiliser énormément la voiture.
C’est en arrivant à Louvain-la-Neuve, ville piétonne, que de grands changements dans mon mode de vie se sont opérés. Je me suis engagé dans l’association des habitants et j’ai commencé à m’intéresser fortement à l’objectif d’une ville conviviale pour les piétons. J’en suis arrivé à ne plus avoir de voiture du tout ! C’était en quelque sorte la première étape : se libérer de la voiture. Devenir objecteur de croissance, ce n’est donc pas un pavé qui m’est tombé sur la tête tout d’un coup.
Quelle est la différence entre « objecteur de croissance » et « simplicité volontaire » ?
L’objection de croissance, ce n’est pas uniquement une question d’individu. L’objecteur de croissance affirme que la croissance est antisociale, qu’elle détruit la planète, qu’elle démolit les gens et il s’y oppose fermement.
Les adeptes de la simplicité volontaires, quant à eux, peuvent très bien n’adopter ce style de vie que parce qu’ils se sentent plus épanouis comme ça. Ca peut ne pas les intéresser de militer par exemple, ni même de faire tache d’huile. Eventuellement, si ils vont dans des groupes de simplicité volontaire, c’est peut-être surtout pour s’entre-aider mutuellement.
Bien entendu, un objecteur de croissance cohérent est un adepte de la simplicité volontaire. J’essaye donc, modestement, d’être les deux à la fois.
Sommaire
- Les origines de la décroissance
- Consommer pour être heureux?
- La décroissance et le développement durable
- Décroissance: un "mot-obus"
- Décroissance "soutenable"
- La simplicité volontaire
- Les opposants à la décroissance
- Entrer en décroissance
- D. Tanuro:"La décroissance soulève de vraies questions..."
- Ezio Gandin: "Un moteur important : gagner du plaisir"
- Témoignage d'un objecteur de croissance









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