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Hélène Ryckmans (Le Monde selon les femmes)
« Deux analphabètes sur trois sont des femmes »
Le Monde selon les femmes est une ONG active depuis 1993. Cette association s’efforce de contribuer à l’avancement de l’égalité entre les femmes et les hommes, au Nord comme au Sud. Hélène Ryckmans, permanente de l’association, nous parle des inégalités de scolarisation des filles et des garçons dans les pays du Sud.
Pourquoi, d’après vous, la parité à l’école n’est-elle toujours pas une réalité mondiale ?
Avant toute chose, il faut savoir que la situation s’est fortement améliorée en matière d’éducation ces dernières années dans de nombreux pays du monde. Cependant, dans certaines régions comme le sud de l’Asie, les filles sont toujours victimes de discriminations et sont très minoritaires à l’école. Cela s’explique en grande partie par la pauvreté. En effet, une famille qui a peu de moyens choisira généralement de garder sa fille à la maison plutôt que le garçon. D’abord parce que, traditionnellement, une fille doit aider sa mère dans son travail domestique et dans ses activités productives. Une fille à l’école revient donc pour la famille à se priver d’une paire de bras. Ensuite parce que l’idée selon laquelle c’est le garçon qui doit étudier pour pouvoir plus tard veiller sur sa femme et ses enfants est très ancrée dans ces sociétés.
Pourtant, en pratique, la situation économique de ces pays est telle que le travail pour les hommes instruits est rare et que c’est plus souvent la femme qui assure la subsistance de la famille grâce au commerce, à l’agriculture,… Mais les mentalités ne changent pas et le rôle actif de la femme n’est toujours pas reconnu dans ces sociétés.
La pauvreté est-elle la seule explication ?
Elle explique en grande partie la différence entre le nombre de garçons et de filles à l’école dans certains pays. La tradition matrimoniale contribue aussi à cet écart. En effet, quand une fille se marie, elle quitte sa famille et amène ses ressources dans la famille de son mari. L’éducation des filles n’est donc pas une priorité pour les parents, contrairement à celle des garçons. De plus, si jamais une fille a la chance d’aller à l’école, elle n’y restera pas longtemps, les mariages à partir de 15 ans étant une pratique généralisée dans ces pays.
D’autres facteurs rentrent également en ligne de compte. L’absence d’infrastructures prévues pour les filles comme, par exemple, des toilettes ou des chambres séparées dans les pensionnats, joue aussi. Le trajet pour se rendre à l’école constitue également un frein car les dangers sont grands pour une fille qui circule seule.
Que peut-on faire pour changer cette situation ?
Deux personnes analphabètes sur trois dans le monde sont des femmes. Pour modifier cette situation, il me semble nécessaire de donner aux femmes les moyens de jouer un rôle actif au sein de la société et de se battre pour leurs droits et leurs acquis. Le Monde selon les femmes collabore avec beaucoup d’associations des pays du Sud qui proposent des formations dans ce sens pour les femmes. Je pense, par exemple, à l’ONG congolaise IDEF. Cette association organise des formations dans le but d’amener les femmes à acquérir des outils de la citoyenneté et des droits fondamentaux. Grâce à ces formations, les femmes ont les moyens de s’opposer à certaines pratiques qui les infériorisent et de se battre pour que leur rôle dans la société soit reconnu.
Que fait Le monde selon les femmes en Belgique ?
Si nous collaborons beaucoup avec des associations du Sud, nous travaillons également avec plusieurs associations en Belgique. En matière d’éducation des femmes, nous sommes en relation, par exemple, avec La Voix des femmes. Cette association belge propose aux femmes de toutes origines des cours d’alphabétisation, de français, des sorties culturelles,…
Nous effectuons également un important travail de sensibilisation en Belgique à propos des pratiques inégalitaires dans le monde. L’absence de parité à l’école en fait, bien entendu, partie. Nous avons développé des outils de sensibilisation en collaboration avec plusieurs associations de divers pays. Le Jeu sur l’égalité entre femmes et hommes a, par exemple, été créé pour ouvrir la réflexion autour des inégalités dans le monde à l’école. La valise Stéréotypik aussi, pour les élèves de 8 à 12 ans. Et le numéro 9 de notre revue Palabras/Palabres, paru en 2002, a été consacré aux formations organisées pour les femmes dans le monde. Des projets et actions concrètes réalisées au Congo, au Chili, en Espagne et en Belgique y sont présentés.









Commentaires (1)
De joj,
12 février 2010 à 17h16
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