Thème

Sous-thèmes

Article

Secte : définitions, histoire et débat

Ces dernières années, les "sectes" ont souvent fait la Une des médias, accusées d’organiser des suicides collectifs ou de développer des méthodes d’endoctrinement, de manipulation mentale ou encore d’exercice illégal de la médecine. Mais que se cache-t-il exacetement derrière les "sectes" ?

Evolution de la notion de " secte "

Au départ, une secte désigne un groupe s’étant séparé, coupé (secare en latin) du tronc principal ou ayant suivi (sequor en latin) des enseignements considérés comme non-conformes par la majorité.

Aujourd’hui, la notion de secte est habituellement employée dans un sens péjoratif, montrant du doigt un groupe rassemblé autour d’une même croyance et estimé dangereux. Le mot secte n’est d'ailleurs jamais employé par un groupe pour se définir mais toujours par des personnes étrangères au groupe.

Un groupe dangereux?

A partir de quand peut-on définir un groupe comme dangereux ? Sur base de quels critères ? Ce manque de clarté a amené certains chercheurs à abandonner le terme de "secte", trop connoté négativement, pour lui préférer ceux, par exemple, de "minorité religieuse", "nouveau mouvement religieux" ou "mouvement religieux contesté"...

En Belgique, les termes de "religion" ou "secte" sont utilisés par le public alors que les autorités concernées préfèrent parler de "cultes reconnus" et "d'organisations sectaires nuisibles", signifiant ainsi qu’une organisation sectaire n’est pas toujours nuisible.

La secte, une religion comme une autre?

A sa naissance, le christianisme était perçu comme une secte issue du judaïsme. Beaucoup plus tard, le protestantisme était combattu comme une hérésie par le catholicisme romain.

Au fil des siècles, on constate que c'est généralement le pouvoir en place qui choisit de parler d'un groupe comme d'une religion ou d'une secte en fonction de l'intérêt que la reconnaissance ou le combat de ce groupe peut lui apporter. Dans cette logique, une secte ne serait qu’un courant minoritaire et peu reconnu par les autorités légitimes.

Cela amène certaines personnes à penser aujourd'hui que rien ne distingue les sectes des groupes religieux. Seule la reconnaissance d'une religion par le pouvoir lui permettrait d'échapper à l'appellation de secte.

A la recherche d'une base légale...

Dans les années 1990, la France, la Belgique et l’Allemagne mettent en place des commissions parlementaires chargées de rendre compte des dangers des mouvements sectaires existants. Leurs rapports sont toutefois contestés par les groupes eux-mêmes tout comme par ceux qui pensent que l’Etat ne devrait pas intervenir ainsi dans le débat. En Belgique toutefois, les conclusions et recommandations du rapport parlementaire ont été approuvées par vote à la Chambre des représentants par l’ensemble des partis démocratiques.

La loi du 2 juin 1998 définit les "organisations sectaires nuisibles" comme tout groupement à vocation philosophique ou religieuse "qui se livre à des activités illégales dommageables, qui nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine". Le critère fondamental de cette définition est donc fondé sur  l’infraction à la loi ou aux Droits de l’homme.

Début de piste...

Il est très difficile de s’accorder sur un ensemble de critères permettant d’identifier les "sectes" ou les "groupes religieux nuisibles".

Afin de préciser le débat, nous pouvons toutefois postuler qu’un groupe religieux est susceptible de devenir dangereux lorsqu'il y a :

  • Prise de pouvoir par un ou plusieurs maître s qui mettent en place une dépendance affective, intellectuelle, parfois même physique, avec ses " disciples ".
  • Détention de la plénitude de la Vérité : les adeptes sont dans le Vrai alors que tous les autres sont dans l’erreur et aucun dialogue n’est possible.
  • Absence de liberté réelle pour entrer et sortir du groupe : pression sur les nouveaux membres pour qu’ils s’isolent de leur famille et de leur entourage (non-converti).
  • Rupture avec la société : La secte rejette les normes dominantes de la société. Le groupe vit replié sur lui-même.
  • Demande d’argent pour transmettre le savoir : l’adepte doit payer pour accéder aux échelons supérieurs du savoir.

Attention toutefois, ce n'est pas parce qu'un groupe est concerné par l'un des critères cités qu'il est dangereux pour autant. En effet, ces critères sont difficiles à établir et peuvent s'appliquer à de nombreuses pratiques. pas seulement les "sectes". Les publicitaires ou les hommes politiques pourraient, par exemple, être accusés de manipulation mentale au même titre que les sectes. De même, la rupture avec la société peut concerner tout groupe marginal.

Une liste de sectes ?

Enfin, en 1995, une liste de 173 organisations présentées comme des sectes a été réalisée en France, stigmatisant ainsi ces groupements et leurs membres.

Dans ce contexte, les groupes visés parlent du droit à la liberté de culte, tandis que leurs adversaires plaident pour la protection de l’individu. Aux Etats-Unis, par contre, la distinction entre secte et religion n’existe pas comme telle et la plupart des pratiques religieuses sont reconnues au nom de la liberté. Dans le débat sur les sectes, la limite est donc mince entre la lutte contre les sectes et l'attaque à la liberté de culte

Ajouter un commentaire

captcha

(*) champs obligatoires, l’e-mail ne sera pas affiché sur le page.

Commentaires (0)