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Laurent Arnauts : "Le Journal du Mardi n'a pas froid aux yeux"
Le Journal du Mardi est un hebdomadaire alternatif qui fait exception dans les rayons des librairies. Laurent Arnauts, directeur de publication, a accepté de nous parler de ce journal pas comme les autres...
Comment le Journal du Mardi a-t-il vu le jour ?
L’idée de créer une publication engagée, qui n’a "pas froid aux yeux", est apparue au cours d’un dîner entre amis alors que nous nous posions la question : que pouvons-nous faire au lieu de nous plaindre ? C’était en 1999, peu avant les élections fédérales. Les dernières années avaient été difficiles d’un point de vue politique : scandale de la dioxine, affaire Dutroux, etc. Et les journalistes étaient redevenus très conformistes, moins engagés.
La motivation n’est pas retombée et tout a été très vite : en 4 semaines nous avons créé une société anonyme, trouvé un imprimeur, pris contact avec les Agences et Messageries de la Presse, trouvé une régie (IP Plurimedia), etc. Le premier numéro du Journal du Mardi est sorti le 1er juin 1999, quelques jours avant les élections. Et ce fut un succès : près de 35 000 ventes pour ce premier numéro !
En quoi le Journal du Mardi peut-il est considéré comme un journal alternatif ?
Essentiellement en terme de contenu. Le Journal du Mardi est un journal d’investigation critique et indépendant de toute idéologie toute faite. Certains rétorqueront que nous sommes proches de la gauche : c’est vrai, nous avons des valeurs généralement considérées comme davantage à gauche, mais nous ne sommes pas des "petits soldats" !
Notre objectif n’est pas, contrairement au style anglo-saxon, de nous borner à rapporter des faits mais bien de devenir une presse de débats et d’opinions -au pluriel!.
Pensez-vous avoir un fonctionnement différent des autres médias ?
Etre un média engagé et indépendant financièrement de tout grand groupe de presse a pour conséquence de ne pas attirer les publicitaires. Le premier numéro du Journal du Mardi a été un succès mais, contrairement à toute attente, les annonceurs publicitaires n’ont pas investi dans notre publication. Cela s’explique par le fait qu’il s’agit d’un journal critique, qui attire des lecteurs critiques moins "crédules" face à la publicité. Pourtant, il existe des pubs pour gens intelligents, non ? Or, sans un minimum de rentrées publicitaires, nous avons été contraints, après quelques numéros, de suspendre la publication car les bénéfices de la vente ne suffisaient pas à produire le magazine.
Nous avons alors décidé d’entamer une procédure judiciaire pour obtenir des subsides au même titre que les grands groupes de presse, qui bénéficient chaque année de plusieurs milliers d’euros, grâce aux pouvoirs publics au nom du maintien de la diversité de la presse d’opinion.
Le Journal du Mardi est toujours publié aujourd’hui, cela signifie que vous avez gagné ?
En effet, nous avons pu reprendre la publication du Journal du Mardi en 2002 lorsque les pouvoirs publics ont enfin accepté de nous aider financièrement. Nous avons réussi à casser le monopole des aides à la presse accordées aux grandes entreprises de presse. Aujourd’hui, 3 autres publications périodiques alternatives bénéficient également d’une aide des pouvoirs publics.
Sommaire
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