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Définir le terrorisme : risques et dérives

Qualifier une personne ou un acte de « terroriste » peut signifier beaucoup de choses politiquement et symboliquement. D’où l’importance d’avoir une définition du terrorisme claire et précise pour éviter les dérives.

Disqualifier l’adversaire

Quand quelqu’un est qualifié de terroriste, il faut toujours identifier qui le dit et pourquoi. Car coller l’étiquette « terroriste » à une personne ou à un acte incite à penser que le combat mené est illégal et illégitime.

Le terme « terrorisme » est parfois utilisé pour disqualifier un adversaire, l’isoler et le fragiliser. Dans cette optique, les raisons politiques à la base des actions ne sont pas évoquées. Par contre, la violence des actes est fortement mise en évidence. On ne cherche pas à comprendre les causes, mais à rendre ces actes inadmissibles pour qu’ils ne recueillent pas le soutien de la population.

Terrorisme ou résistance ?

Il faut aussi être attentif au contexte socio-politique du pays dans lequel les actes « terroristes » sont perpétrés. Cela permet d’analyser les actions sous des angles différents. Dans certains cas, la violence est utilisée pour renverser un régime dictatorial, libérer le pays d’un envahisseur, prendre son indépendance, exprimer un point de vue. Ce qui peut relever de la résistance et est totalement légitime au regard du droit international.

Toutefois, pour couper court à la contestation, certains gouvernements n’hésitent pas à qualifier leurs opposants de « terroristes ». Rappelons que pendant la deuxième Guerre mondiale, les Allemands qualifiaient les résistants de « terroristes ». Aujourd’hui, ils sont considérés comme des héros.

Criminalisation des mouvements sociaux

Lorsqu’elle a été adoptée en 2003, la loi belge relative aux infractions terroristes a été vivement critiquée par les associations de défense des droits de l’Homme. Elle l’est toujours aujourd’hui, notamment en raison du risque de criminalisation des mouvements sociaux qu’elle induit. En effet, d’après cette loi, une infraction peut être qualifiée de terroriste lorsque son auteur a entre autres pour but de « déstabiliser les structures fondamentales économiques ou sociales d’un pays ou d’une organisation internationale ». De nombreux individus ou associations (mouvements politiques, syndicaux, écologistes ou alter-mondialistes) qui agissent parfois radicalement contre certains aspects de la société peuvent donc tomber sous le coup de cette loi et faire ainsi l’objet de mesures d’exception.

Avant, pendant, après

Cette loi permet en outre d’appliquer des mesures d’exception avant pendant et après le procès d’un individu suspecté de terrorisme : écoute téléphonique, inscription sur liste noire, méthodes particulières d’enquête, non-respect de la vie privée, droits de la défense rabotés (par exemple, certains dossiers confidentiels ne peuvent pas être consultés par les avocats), suppression des droits élémentaires, interventions armées, etc.

Pour justifier cela, l’argument avancé est que tous les moyens sont bons pour lutter efficacement contre le terrorisme.

Respect de la vie privée?

Les méthodes d’exception utilisées pour traquer les individus suspectés de terrorisme s’étendent petit à petit à l’ensemble de la population.  Partout où c’est possible on tente de conserver une trace du passage d’un terroriste potentiel. Dans les aéroports (fouilles, empreintes digitales, photo, vérifications incessantes des papiers), à la banques (surveillance des transferts sur les comptes de certains soupçonnés de financer des groupes terroristes), dans la rue ou encore dans les bâtiments publics (caméras de vidéosurveillance, puces électroniques).

La plupart des mesures anti-terroristes ont un objectif de transparence. Elles partent du principe qu’un citoyen qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher. Qu’en est-il du droit à la vie privée ?

Autres dérives

L’ONG Amnesty International met en évidence d’autres dérives entraînées par la lutte contre le terrorisme. Par exemple, la détention arbitraire, sans jugement ou prolongée indéfiniment sans inculpation ; les lois discriminantes par rapport aux étrangers ; le recours à la peine de mort ; des conditions d’emprisonnement plus sévères ; ou encore le refus d’accorder le droit d’asile à des étrangers provenant de certains pays.

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