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Rencontre avec 2 labels indépendants belges

Rencontre avec 2 labels indépendants belges

L'année passée, lors du festival Esperanzah!, Espace-Citoyen avait rencontré Gladys du label Igloo et Olivier de Same Same. Afin d'approfondir la question de la diversité musicale, nous avions rencontré ces deux labels indépendants qui étaient présents sur le festival. Puisque leurs propos complètent le débat de cette année, nous avons choisi de republier cette interview.

Igloo est un label belge qui existe depuis 30 ans et qui travaille avec des artistes de la Communauté Française. Ce label a commencé dans la musique contemporaine pour se spécialiser ensuite dans le jazz. Dernièrement, Igloo a ouvert une ligne « Igloo Mondo » plus orientée vers les musiques du monde.  Same Same existe depuis 10 ans et est principalement engagé dans le hip-hop belge. 2/3 de leurs productions sont hip-hop et 1/3 est réservé aux autres styles dans le but d’œuvrer pour une diversité musicale en Belgique.

Espace-Citoyen : En tant que labels indépendants, est-ce important pour vous d’être présents ici sur le festival Esperanzah ! ?

Gladys : Oui, c’est vraiment important qu’on soit là pour expliquer aux gens ce qu’on fait et pour présenter nos artistes. On est dans un festival à dominante musique du monde et on se rend compte que le public belge ne connaît pas forcément les artistes belges. Or, il y a aussi des gens qui se battent ici pour garder une diversité musicale dans notre pays.

Olivier : On est sur ce festival pour dire tous nos artistes sont belges et ça se passe ici et maintenant. Ca ne se passe pas dans 20 ans quand l’artiste aura signé ailleurs et sera devenu une star en France.

E-C : Qu’entend-on par « label indépendant » ?

Olivier : Je dirais qu’un label indépendant c’est, d’une part, entrer assez d’argent  pour pouvoir assurer un fonctionnement au quotidien et assurer l’objectif qu’on s’est fixé, à savoir permettre à des jeunes artistes de pouvoir enregistrer et faire leur travail, tout en n’aillant pas une vocation à faire des bénéfices. Et d’autre part, pouvoir avoir cette liberté de ne pas devoir tenir compte de ce que le public attend ou de ce que les radios veulent diffuser . Evidemment, on essaye de produire des gars dont on se dit que ça peut marcher mais on a la liberté de produire qui on veut.

Gladys : C’est important aussi de différentier le label indépendant des majors tel que EMI et Universal. En tant que labels indépendants, nous avons une liberté artistique sur des choix qui ne sont pas commerciaux. Chez Igloo, nous essayons de faire en sorte qu’il y ait des musiques qui continuent d’exister comme le jazz ou la musique de monde plutôt classique. Nous n’avons pas vraiment de visée commerciale, on veut juste que ces gens existent parce qu’ils ont du talent et sont doués dans leur domaine.

E-C : Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui la diversité musicale est en danger ?

Olivier : Je n’ai pas le sentiment qu’elle soit en danger… Pour moi, ce qui est en danger, c’est les moyens qu’on donne aux artistes pour qu’ils puissent travailler correctement. Il y a beaucoup de gens qui pensent que comme tu fais un boulot que t’aime, l’argent n’a pas d’importance. Mais c’est un métier comme un autre qui demande rigueur et professionnalisme. J’ai rencontré beaucoup d’artistes qui ont un talent incroyable et dont personne n’entendra jamais parler et qui pourtant dédient vraiment leur vie à ça. La diversité musicale, elle est peut être aussi en danger au niveau de l’écart de plus en plus grand qui existe entre les stars et ce qu’on pourrait appeler la base. C'est-à-dire les anonymes qui font vivre la musique et sa diversité en fait.

Gladys : Selon moi, le danger c’est qu’on donne de moins en moins de canaux à la musique. En tant qu’artiste non commercial, tu as très peu de moyens pour t’exprimer que ça soit dans les médias, sur scène ou en termes de subsides. Dans la communication par exemple, c’est toujours pareil… Les journaux veulent faire des critiques sur des gens connus et les critiques vont toujours dans le bon sens car ils veulent être bien vus par les majors. Pour se faire programmer dans les festivals, c’est aussi la même chose. J’entends que certains festivals sont dirigés par Live Nation qui dirige une grosse partie du marché. Donc, quand tu es un artiste très talentueux mais pas très commercial, tu as énormément de mal à te faire programmer dans un festival. Tu es très vite catalogué. Je pense que la diversité musicale est vraiment en danger.

Olivier : Pareil pour les lieux culturels, il y a de moins en moins de bars où tu peux jouer comme ça sans forcément être connu. Je pense qu’il y a une responsabilité de l’auditeur mais aussi des radios. Quand t’allumes la radio, il y a combien d’artistes belges qui passent ? Si on parle de diversité musicale, ça joue aussi un grand rôle.

E-C : Par rapport à ce problème, concrètement quel est votre rôle en tant que label indépendant ?

Olivier : Chez Same Same, c’est de prendre en charge, grâce aux subsides, la production d’un album de A à Z, ou de proposer aux artistes d’enregistrer chez nous pour des sommes modiques. C’est 20 euro de l’heure, 150 euro la journée, on doit être parmi les moins chers avec un son de qualité sur Bruxelles.

E-C : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes artistes qui débutent en Belgique ?

Olivier : De s’accrocher tout simplement. Il faut avoir les nerfs solides et s’apprêter à des heures difficiles mais, le plaisir que tu retires de tout ça est sans communes mesures.

Gladys : D’exprimer tout leur talent artistique avec les moyens qu’on peut mettre à leur portée. Ce que je conseille aux artistes, c’est de la patience. La reconnaissance vient souvent après beaucoup de temps et de travail. Donc, il faut vraiment s’accrocher et faire preuve de professionnalisme.

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