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Bal Tabarin : "Ce n’est pas à cause des majors qu’on ne joue pas un peu plus"

Bal Tabarin : "Ce n’est pas à cause des majors qu’on ne joue pas un peu plus"

Bal Tabarin est un groupe belge formé de 5 musiciens. Entre le swing manouche et la musique de cabaret, ils nous emmènent dans leur univers avec des textes chantés en français et remplis d'humour noir. Lauréats du prix Découverte aux Francofolies de Spa en 2007, ils étaient sur la scène côté souk à Esperanzah! ce samedi 7 août.

L'équipe d'Espace-Citoyen a rencontré Pierre Christiaens, chanteur du groupe et Hans Mortelmans, guitariste, accordéonniste et compositeur. Dans cette interview, ils témoignent de leur expérience, donnent leurs points de vue mais surtout, nous partagent leur passion pour la musique.

Ecoutez l'interview radio en dessous de l'article...

Espace-Citoyen : Vous avez joué sur des toits, dans plein d’endroits improbables... Est-ce que ça fait partie de la philosophie du groupe de jouer partout ?

Hans : Oui vraiment car ça fait partie de notre côté manouche. On est un groupe acoustique et on aime jouer partout, pour des petits endroits comme pour des plus grands. Le plus important pour nous, c’est de jouer et de s’amuser. C’est un peu bizarre à l’époque actuelle mais on aime jouer. On prend la musique vraiment très au sérieux. Notre carrière, c’est moins important que la musique.

E-C : Au niveau des textes, est-ce que vous pouvez citer une ou deux phrases qui correspondent à la philosophie du groupe ?

Pierre : En fait, au niveau des textes, il y a des textes que Hans écrit en flamand et que j’adapte, des poèmes qu'on reprend et quelques textes que j’ai composés moi-même. A la fois, les textes ont de l’importance mais commencer à sortir un truc qui nous définit… Franchement, je crois que c’est un peu l’association des différents morceaux qui permet de voir un peu ce qu’il en est.

Hans : Pour moi, notre histoire ressemble fort au "Petit joueur de Fluteau » de Brassens. Tu connais ?

E-C : Ca va comment encore ?

Pierre :« Le petit joueur de fluteau menait la musique au château. Pour la moindre de ses chansons…. ». C'est l’histoire d’un petit joueur à qui on va proposer des honneurs et qui dit oui mais attention si tu me donnes cet honneur là, ça risque de m’amener à me perdre. C’est ça hein ?

Hans : Oui. Et la fin c’est très fort. Quand il retourne à la maison, heureux en effet.

E-C : Et justement par rapport à ça, est-ce que vous pensez que les majors limitent la liberté d’expression des artistes ?

Pierre : Sincèrement, je ne connais pas le fonctionnement du milieu et encore moins celui des majors parce qu’il est clair que les majors ne s’intéresseront pas à nous ! Les majors, c’est tellement loin de nous qu’on s’en fout. Ce n’est pas à cause des majors qu’on ne joue pas un peu plus. Maintenant, c’est vrai qu’il y a une attitude et une propension qui amènent sans doute à se réunir toujours vers des choses vraiment typées.

Hans : Et ce n’est pas trop grave parce qu'il existe vraiment un milieu de musiciens exquis, qui jouent très très très bien et qui ne sont pas connus du tout. J’en connais beaucoup qui sont mille fois plus fort que moi et qui n'ont pas beaucoup de travail non plus. Ca existe vraiment.

E-C : Et donc quand on dit qu’il y a un danger d’une culture standardisée avec ce que les majors imposent, vous êtes d’accord avec ça ?

Pierre : Oui mais je ne suis pas certain que ce soit uniquement les majors qui l’imposent. C’est un fonctionnement dans lequel je crois que beaucoup de gens se plaisent à rentrer. Les majors, les radios,… C’est un système très général quoi.

Hans : Au niveau de la musique qu’on joue, le swing manouche, c’est clair. Les majors aiment bien le swing manouche mais ça se limite à Sanseverino ou Thomas Dutronc... Je connais beaucoup de très bons musiciens manouches qui ne sont pas connus du tout. Je me demande comment ça se fait...

E-C : Donc d’un côté, même s’il y a ce danger là, la diversité musicale pour vous, elle existera toujours parce que les musiciens seront là avec leur envie de partager la musique même s’ils ne sont pas connus ?

Pierre : La diversité, il faut qu’elle existe et elle existera d’une manière ou d’une autre. Je crois vraiment que ça dépend de chacun d’entre nous. Il y a des moments où il faut aller voir ailleurs et ne pas se contenter d’écouter ce qui passe à la radio. Il y a un exemple que je donnais tout à l’heure et qui m’a vraiment frappé. On a fait un petit clip autour du centenaire de la mort de Django et on a appris qu’il y a un allemand, spécialiste de Django, qui devait donner les 10 éléments qu’il avait trouvés les plus chouettes autour du centenaire de Django Reinhardt. Ce type qui ne nous connaît pas du tout, il est tombé, je ne sais pas comment, sur notre clip et l’a sélectionné au milieu de 10 autres trucs. Où il y avait, entre autres, un disque de Bireli Lagrene qui est vraiment un grand spécialiste, la sortie de l’intégrale dans une maison de disque et voilà à la 9ème place tout à coup, il y avait notre petit groupe ! Ca, c’est fantastique! Donc ça dépend aussi un peu de nous d’aller voir ce qui se fait et de découvrir de nouvelles choses. Et je crois que ça existe encore. C’est ça qu’il faut faire vivre surtout.

E-C : En tant que groupe belge, est-ce que vous trouvez qu’il y a beaucoup de soutient en Belgique. Et puisqu’il y a des flamands et des wallons dans le groupe, est-ce que vous avez remarqué une différence entre les communautés au niveau du soutient  aux artistes ?

Pierre : Encore fois, le problème c’est que Hans avait monté une asbl pour son groupe flamand et nous, on est venu aussi se mettre sur cette asbl. Comme l’adresse est en Flandre, on ne sera jamais reconnu comme artiste de la Communauté Française. C’est aussi simple que ça. Donc, on n’a pas de soutient de ce côté-là. Néanmoins, je m’aperçois qu’il y a des éléments institutionnels comme la biennale de la chanson française à laquelle on s’était inscrit et qui, nous ayant entendu, nous reprogramme de temps en temps. A la fois, je crois qu’ils sont obligés de donner des règles et on ne rentre pas là dedans et d'un autre côté, ils ont eu la gentillesse de nous écouter et puis de nous faire jouer.

Hans : Oui.  Mais quand même, je trouve que l’argent va surtout à des grands succès et des instituts.

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