Thème

Sous-thèmes

Article

Le Peuple de l'Herbe : "On a un fonctionnement qui n'est pas adapté aux grosses machines"

Le Peuple de l'Herbe : "On a un fonctionnement qui n'est pas adapté aux grosses machines"

Le Peuple de l'Herbe était à Floreffe ce vendredi 6 août pour le festival Esperanzah!. Ils y ont présenté leur 5ème album sorti en novembre "Tilt". Avide de nouvelles expériences, le Peuple de l'Herbe exploite à chaque sortie d'album de nouveaux styles. Leur dernier album a d'ailleurs une couleur plus rock.

Durant le mois d'octobre 2010, le groupe sortira un mini album  avec quelques titres "life" enregistré pendant la tournée de "Tilt", deux morceaux filmés et 3 inédits qui ont été enregistrés pendant la session "Tilt" mais qui n'avaient pas été mis sur l'album. Avis aux amateurs !

L'équipe d'Espace-Citoyen a rencontré Spagg (bass et machine) et N'Zeng (trompette, clavier et voix) avant leur concert à Esperanzah!.

Ecoutez l'interview radio en dessous de l'article.

Espace-Citoyen : On dit de vous que vous tenez à votre indépendance, à votre autonomie et à votre liberté… Est-ce c’est pour cela que vous êtes  signés chez un label indépendant ? Est-ce qu’on vous a déjà proposé de signer chez un major ?

N’zeng : Oui, il y a longtemps. Ce n’était pas non plus un gros label mais c’était déjà plus gros que ce qu’on avait. C’est vrai qu’on a un fonctionnement qui n’est pas adapté, on pense, aux grosses machines. On a l’indépendance parce qu’on a toujours fonctionné un peu à notre manière. Avant, on était chez un label belge, Pias. On travaille toujours un peu avec eux puisque les albums continuent toujours de sortir. Mais en tout cas que ce soit eux ou Discograph maintenant, ils ont compris qu’il valait mieux nous laisser faire! On a monté un studio et ça nous permet de travailler à notre manière, quand on veut. Si on louait un studio sur une période précise, je ne pense pas qu’on arriverait à atteindre nos objectifs. Dans la façon dont on fait nos morceaux, on ne nous a jamais imposé quoi que ce soit. Je crois qu’il ne vaut mieux pas nous brider, on serait malheureux sinon.

E-C : Est-ce que vous pensez qu'être signés en major peut contraindre la liberté d’expression et de création du groupe?

Spagg : Oh c’est des choses qui sont déjà arrivées. Des majors qui essayent de diriger des artistes selon un plan marketing. Mais maintenant, on est signé en licence donc on est propriétaire de ce qu’on fait. Comme ça, au moins, on est sur de faire les choses à notre façon.

N’Zeng : Tu te rends compte chez les groupes qui sont passés d’un label indépendant à une grosse maison de disque qu’il y a quand même un changement radical au niveau musical et mais aussi dans la façon de présenter le projet. Ca déforme tes idées de base.

Après, on a tout un fonctionnement, il n'y a pas que le studio. On a la même équipe autour de nous depuis le début et tout le monde est payé au même niveau. Ca parait peut-être un peu utopique mais ça limite quand même les problèmes d’égo et tout ce qui peut arriver comme soucis dans un groupe. Il n’y a pas de différences entre les musiciens et les techniciens et c’est ce qui peut-être nous permet de durer aussi. Dans la façon de déclarer les morceaux, on a jamais indiqué que c’était un tel qui avait fait plus. Là tu pars dans des délires et tu sais qu’à un moment ça part en sucette. Donc ça c’est un état d’esprit et puis pour revenir au studio, l’argent qu’on touchait quand on était signé en artiste, on l’a investi dans l’achat de matériel. Donc au lieu de louer des studios, on achetait ce qu’on avait envie. Au bout d’un moment, on a réussi à avoir tout le matériel nécessaire pour un studio. Et voilà, t’es propriétaire de tes machines, c’est agréable et puis en plus, on peut en faire profiter à un tas de gens. Quand on est en tournée, d’autres gens l’utilisent. C’est intéressant parce que ça nous permet de garder contact avec la scène locale et régionale. Quand t’es en tournée, t’es complètement satellisé et tu ne te rends plus compte de ce qui se passe dans ta ville.

Spagg : Etant donné que les murs appartiennent à la ville, on a une convention avec la ville de Lyon. On s’est engagé à un certain nombre d’heures par an à faire profiter des groupes en émergence à un tarif préférentiel.

N’Zeng : C’est nickel parce que c’est ce qu’on aurait bien aimé avoir quand on a démarré.

E-C : Est-ce que vous pouvez citer une ou deux phrases de vos textes qui correspondent à la philosophie du groupe ?

N’Zeng : Sur le dernier qu’est-ce qui aurait ?... « Tu crois qu’on va s’en sortir vivant ? Je crois qu’on a une chance.

Spagg : Tu es un homme qui parle peu.

N’Zeng : J’aime ça ! » Ca résume pas mal !

E-C : Par rapport à la thématique abordée ici sur le festival, est-ce que vous pensez que la diversité musicale est en danger ?

N’Zeng : Oui. C’est même la diversité au sens large du terme. Etant donné qu’on vit en France, on est bien placé pour en parler, hélas ! Et pourtant, c’est ce qui faisait les qualités de ce qu’on pouvait retrouver d’intéressant en France cette mixité. On repart en arrière sur certaines choses et on vise des gens dès qu’il y a des soucis économiques, sociaux, ou politiques. Pour le moment, c’est soit les roms soit les gens en provenance de banlieues. Ce qui se passe en France, c’est hyper dangereux. Que ce soit la mixité musicale ou ethnique, elle est importante parce qu’un peuple qui ne se mélange pas, qui ferme ses frontières et se replie sur lui-même, au bout d’un moment il va se dégrader et se dégénérer en somme.

Spagg : Même musicalement tout doit être formaté maintenant. Tu dois faire un style bien précis pour que ce soit vendu de telle façon. On nous demande toujours de nous définir. Et on en est pas vraiment capable parce qu’on fait des trucs différents. On mélange les machines et les instruments. On mélange les différents styles et on ne ressent pas le besoin de se définir. C’est plutôt une liberté et une richesse pour nous.

N’Zeng : C’est vrai qu’il y a peut-être une tendance par sécurité de programmer toujours les mêmes choses.

E-C : Et c’est du à quoi ça ?

N’Zeng : Pour faire du monde peut-être.

Spagg : Parce que c’est beaucoup plus facile de vendre des trucs avec des recettes préétablies et de rentrer dans un moule et puis voilà. Bon, heureusement, il y  a quand même pas mal de gens qui se battent contre ça. Nous, ça va pour nous. On a du monde au concert, ça se passe bien.  Donc, ça nous rassure quand même.

N’Zeng : On est proche d’autres gens en France qui se débrouillent, qui fondent  leur propre structure. Si ce n’est pas un studio, c’est un label… Après, c’est juste la puissance de feu pour exister face aux majors comme tu disais. Généralement sur une situation telle qu’elle est au niveau de la vente de disque, ceux qui en pâtissent les premiers, c’est les petits. Donc, ils ont bon se plaindre dans les grandes majors, ils sont encore là ! Alors qu’un petit label comme nos voisins et amis à Lyon Jarring Effect, s’ils perdent 10 000 ventes de disque en une année c’est catastrophique. Même si on est pour la liberté d’internet, c’est quand même bien d’acheter les albums des petits groupes et des labels indépendants. Ca les soutient quand même, c’est important je trouve.

Son

Vidéo

Dossiers liés

Il n'y a pas de dossiers liés.

Tags liés

Il n'y a pas de tags liés.

Ajouter un commentaire

captcha

(*) champs obligatoires, l’e-mail ne sera pas affiché sur le page.

Commentaires (0)