Thème

Sous-thèmes

Article

Klezmic Zirkus : "Plus les festivals prospèrent, plus ils engagent des groupes "sans risques""

Klezmic Zirkus : "Plus les festivals prospèrent, plus ils engagent des groupes "sans risques""

Klezmic Zirkus est un groupe liégeois composé de 5 musiciens. Ils jouaient sur la scène côté jardin d'Esperanzah ce samedi 7 août. L'équipe d'Espace-Citoyen a rencontré Aurélie Charneux, clarinettiste et à l'origine de la formation du groupe. Ce quintet revisite la musique klezmer en y mélangeant toutes leurs influences pour en faire un style musical bien à eux.

Dans cette interview, Aurélie Charneux nous parle, entre autres, des obstacles rencontrés par le groupe et de la liberté d'expression et de création menacée parfois par certaines structures et maisons de disque.

Ecoutez l'interview radio ci-dessous...

Espace-Citoyen : La musique Klezmer est une musique traditionnelle, est-ce important pour vous de jouer cette musique à notre époque?

Aurélie : Notre démarche est de garder ces rythmes et ces mélodies traditionnelles et d’en faire autre chose car la tradition continue à exister mais évolue avec le temps. C’est important pour nous que cette musique continue à être jouée aujourd’hui.

E-C : Et avec un style aussi diversifié, ce n’est pas difficile en Belgique de trouver des structures qui vous soutiennent ?

Aurélie : Apparemment pas puisque ça se passe plutôt bien pour nous! On a pas mal de concerts, on a un label, on a déjà sorti deux cd,…  Donc pour l’instant, on n’a pas trop à se plaindre. Je crois qu’il faut à la fois garder un style global pour que les gens puissent savoir dans quoi ça se « range » et, en même temps, avoir une identité assez forte. On ne veut pas seulement faire de la musique klezmer « pure » mais on veut un son qui soit typique de notre groupe. C’est comme si on avait créé notre propre genre et ce n’est pas grave si ça ne se rattache pas à une grande catégorie!

E-C : Quels obstacles avez-vous rencontrés au début quand vous vous êtes lancés ?

Aurélie : On a commencé comme tout le monde ; à répéter, à faire des concerts où on n’est pas trop payé, à essayer des trucs, à essayer de se faire un peu connaître...  Et puis, on a eu la chance de croiser la route de Didier Melon et « Du Monde est un Village ». Au niveau de la diffusion du projet, ça nous a beaucoup aidés et très vite, on a pu faire une ou deux scènes  importantes. Donc voilà, au bout d’un temps, ça fait effet boule de neige. On a eu la chance de pouvoir assez vite être entendu à la radio donc on n’a pas trop galéré !

E-C : On critique souvent le système belge au niveau du soutient qu'il apporte à ses artistes. Qu’est-ce que t’en penses ?

Aurélie : Je ne connais pas assez ce qui se passe ailleurs pour pouvoir en parler mais je pense que ça dépend beaucoup du style de musique. Au niveau de la musique du monde, pour le moment, ça ne se passe pas trop mal. Il y a quand même de l'aide au niveau des subsides mais c’est vrai que sur le nombre de groupes qui existent, il n’y en a pas beaucoup qui reçoivent un soutient alors qu’ils le mériteraient. Il faut remplir des tas de dossier, avoir des coups de pousse. Donc parfois, c’est aussi une espèce de chance qui fait que ça commence à marcher. Le nombre de groupes qui reçoivent une aide à la création de la part de la Communauté Française se limite à 1 ou 2 dans chaque style donc ça veut dire qu’il y en a beaucoup qui restent sur le carreau. Je pense qu’une fois qu’on a des aides, on en a  beaucoup mais il n’y a pas assez de groupes qui en bénéficient d’après ce que je vois.

E-C :Est-ce que tu peux me parler de votre label ?

Aurélie : On est sur le label Home Records. C’est un label basé à Liège et spécialisé dans les musiques du monde. Mais il a aussi des musiques inclassables, quelques coups de cœur comme Mr Diagonal and the Black Light Orchestra. La personne qui s’occupe du label est Michel Van Achter. C’est quelqu’un de très passionné qui donne beaucoup pour ses groupes. Il essaye, en plus de produire les CD, qu’il y ait une bonne diffusion et que ça se vende à l’étranger. On est content du travail qu’il fait.

E-C : Le festival défend cette année la thématique d’une diversité musicale qui serait en danger. Qu’est-ce que t’en penses en tant que musicienne ?

Aurélie : La première chose qui me vient à l’esprit c’est que je viens de Dour et pendant des années, j’allais au festival de Dour. Il y avait une espèce de diversité même dans ce genre de festival qui s’est malheureusement très vite appauvrie. Au début, il y avait plein de petites fanfares, du cirque qui, au fur et à mesure des années, sont passés à la trappe. Et je pense que c’est un peu le cas dans pas mal de festivals. Parfois, certains petits festivals essayent de programmer des groupes locaux ou des styles de musique un peu plus originaux. Mais au plus ils prospèrent, au plus ils engagent des groupes sans risques, des « gros » groupes qu’on entend un peu partout. Pour finir, j’ai l’impression que c’est toujours un peu les mêmes. Beaucoup de petits groupes ne peuvent plus avoir accès aux festivals alors qu’avant c’était le cas. C’est sans doute pour des questions de monopole et d’influence au niveau de la programmation. Je pense que les programmateurs ne sont pas toujours libres d’engager qui ils veulent. Et ici, à Esperanzah !, ce n’est pas le cas. J’espère que ça va durer car il n’y en a plus beaucoup des festivals comme ça.

E-C : Et si une major vient vous proposer de signer avec vous, vous accepteriez ou pas ?

Aurélie : Je ne pense pas que ça pourrait arriver mais je ne crois pas qu'on accepterait Par exemple, pour le dernier CD qu’on a fait, on pouvait être distribué je ne sais plus où mais alors on devait changer l’ordre des morceaux. Il y avait beaucoup de compromis à faire  pour que notre musique s’adapte à leurs exigences. Donc voilà, on a réfléchi et on s’est dit qu’on ne changerait pas notre musique pour leur plaire. Le plus important, c’est de rester ce que l’on est et de ne pas avoir à faire de concessions.  Et je pense que si, justement, une grosse boite nous propose de travailler avec eux, il faudra faire des concessions et je ne crois pas qu’on les fera.

E-C : Donc c’est une réalité alors ce manque de liberté de création au sein de certaines grosses structures?

Aurélie : Je l’ai déjà vu avec une boite de distribution qui n’était pas non plus un gros machin. Mais qui était plus gros que notre label et qui voulait déjà qu’on fasse des concessions.  Donc pour les plus grosses structures, ça doit être encore pire. Et ça, c’est hors de questions pour nous. On est ce que l’on est et c’est tout. C’est à prendre ou à laisser!

Son

Vidéo

Dossiers liés

Il n'y a pas de dossiers liés.

Tags liés

Il n'y a pas de tags liés.

Ajouter un commentaire

captcha

(*) champs obligatoires, l’e-mail ne sera pas affiché sur le page.

Commentaires (0)