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Sidi Hoomam : "La diversité musicale est en danger pour les gens qui n'écoutent que la radio"

Ancien membre du groupe belge Influx Nerveux, Sidi Hooman, était en concert avec sa "Band" ce dimanche 8 août au festival Esperanzah! sur la scène côté Souk. Depuis ses débuts de rappeur en 1996, son parcours artistique a évolué. Avec sa band, il se plait à mélanger les styles : Rap, rock et reggae... Une musique, nous dit-il, la plus festive possible mais avec des textes engagés et conscients.
L'équipe d'Espace-Citoyen l'a rencontré juste après son concert. Il nous parle, entre autres, de Undeground Life Style (ULS), sa maison de production créée en 2004 avec laquelle il organise des concerts et produit des groupes.
Ecoutez l'interview radio ci-dessous :
Espace-Citoyen : Pourquoi as-tu créé ta maison de production ?
Sidi : On est un tout petit pays et il y a un réel manque de structures en Belgique. Je veux dire, il y a trois ou quatre grosses maisons de disque qui travaillent pour les artistes signés et internationaux. A côté de ça, il n’y a pas grand chose... A la base, j’avais décidé de lancer Undeground Life Style justement parce qu’il n’y a pas assez de structures et que je ne faisais pas assez de concerts. C’est difficile de se développer car tout le monde travaille de son côté. J’avais sorti un CD en 2006 qui s’appelait « Révolution » où je demande à ce que les gens réfléchissent plus et investissent plus d’eux-mêmes et c’est parti de là.
E-C : Et par rapport à la France, tu penses qu’il y a plus soutient aux artistes là-bas qu’en Belgique ?
Sidi : Franchement, je ne sais pas vraiment le dire. J’ai eu l’occasion, il y a une dizaine d’années, de partir en Bretagne à Saint-Brieuc. Un endroit perdu où il pleut tout le temps ! Et ben dans leur MJC (maison des jeunes et de la culture), ils ont une salle de répète, un studio. Ils ont un groupe de rap qui se produit sur scène dans le festival Cité rap. Ils ont développé plus tôt et plus rapidement leurs MJC. En fait, on ne se rend pas compte du potentiel qu’il y a ici en Belgique et malheureusement, pour ne citer que des gros artistes comme Johny Halliday ou Axelle Red, il faut s’exporter pour réussir. Et même dans le cinéma c’est pareil. Les belges ne se sont intéressés à Poelvoorde que quand il est passé de l’autre côté de la frontière. C’est là le problème en fait. Moi je pense qu’on devrait plus souvent taper du .be que du .com ou du .fr !
E-C : Est-ce que tu penses que quand un artiste est produit par une grosse maison de disque comme Universal, sa liberté d’expression et de création est limitée?
Sidi : Je ne le sais pas car je n’ai jamais côtoyé ce gratin de la musique mais je ne pense pas. Je pense que ça dépend de l'artiste. Si on vient me signer aujourd’hui après 15 ans de musique et qu’on sait ce que je fais, on ne me limitera peut-être pas dans mes textes. C’est à chaque artiste de décider s'il fait des concessions ou pas. Moi ça ne me dérangerait pas de signer maintenant pour dire ce que j’ai envie de dire et puis de payer pendant deux ans la rupture de mon contrat. Après, je pense que c’est la liberté pour chaque artiste d’imposer son truc. Je crois que Tryo ne s’est pas adoucit en ayant signé par exemple.
E-C : Est-ce que tu penses que la diversité musicale est en danger ?
Sidi : Clairement et je pense que c’est pour ça que je suis là à Esperanzah !. C’est parce qu’on mélange le rap, le rock et le reggae. Je pense qu'Esperanzah! est un des seuls festivals où la programmation n’est pas axée sur des artistes super connus. Et même dans les gens qui tournent bien comme Hocus Pocus vendredi. Ben, Hocus Pocus c’est une fusion jazz, hip-hop. Moi j’ai toujours kiffé tous styles de musique. La diversité musicale n’est pas en danger au niveau des artistes puisqu’on est beaucoup à diversifier nos styles. Après pour les gens qui écoutent de la musique, elle est danger parce qu’ils n’écoutent que la radio et qu’à la radio, il n’y a que de la merde ! Là par contre, il n’y a pas de diversité musicale.
E-C : Que revendiques-tu dans tes textes ?
Sidi : Ce que je revendique en fin de compte, c’est le fait de ne pas être con. Il faut vraiment s’intéresser aux choses auxquelles on a droit. C’est ce que j’essaye un peu de faire passer dans mes messages.
E-C : Est-ce que tu peux l’illustrer par deux-trois phrases de tes textes ?
Sidi : Par exemple, j’ai un titre qui s’appelle « respect » où j’exprime mon respect par rapport à certaines personnes ou organismes qui travaillent dans la musique ou dans le monde et même des amis à moi en fin de compte ! C’est 20 histoires différentes dans une seule chanson où je parle aussi bien du flamand, du wallon que du bruxellois, du chauffeur de bus comme du mec à l’usine ou de l’étudiant et j’essaye d’un peu exprimer tout ce que les gens n’arrivent pas à dire ou ce qu’ils me racontent tout simplement. C’est des histoires assez lourdes : par exemple, c’est une femme qui perd son enfant parce qu’un soulard était au volant. A la fin ce que je dis c’est : « C’est l’histoire d’une vie, l’histoire d’un mec, l’histoire d’une fille, l’histoire d’un homme, une femme. C’est près de chez toi que ça se vit, peut-être ton voisin, peut-être une cousine croisée sur le chemin ou un membre de ta famille. Peut-être que t’en connais aucun. Alors sors de chez toi, rencontre, parle. Tu verras ça fait du bien. Vas-y sors de chez toi et partage. Tu verras, ça ira mieux demain pour toi comme pour d’autres… ».
E-C : Comment s’est passé ton concert tout à l’heure ?
Sidi : C’était le tout début de la journée donc au début, il y avait 8 personnes. Les 8 personnes, c’étaient des potes à nous ! Et ça n'a pas duré deux minutes que les gens sont venus. Le public d’Esperanzah, c’est un très chouette public super ouvert. Encore aujourd’hui, pendant qu’on fait l’interview, je regarde dehors et la scène côté jardin elle est remplie. Je ne suis pas sure que tout le monde connaît le groupe qui joue. Et pourtant, ils sont là, ils applaudissent.
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Sommaire
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- Sidi Hoomam : "La diversité musicale est en danger pour les gens qui n'écoutent que la radio"
- Dobet Gnahoré : "Il faut établir une loi pour que les artistes africains puissent diffuser leur culture dans le monde"
- Le Peuple de l'Herbe : "On a un fonctionnement qui n'est pas adapté aux grosses machines"
- Bal Tabarin : "Ce n’est pas à cause des majors qu’on ne joue pas un peu plus"
- Rencontre avec 2 labels indépendants belges
- Court-Circuit asbl : "A l'heure actuelle, avec internet et le nombre de groupes qui se créent, la diversité musicale n'est absolument pas en danger"
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