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Dobet Gnahoré : "Il faut établir une loi pour que les artistes africains puissent diffuser leur culture dans le monde"

Dobet Gnahoré est danseuse, chanteuse et percussionniste. Elle jouait accompagnée de ses musiciens sur la scène côté jardin ce dimanche au festival Esperanzah!.
Après la sortie de son deuxième album, Djekpa La You, elle entame une tournée en Europe. D'origine Ivoirienne, la jeune femme tisse un patchwork des traditions musicales africaines : chœurs zoulous, rumba congolaise et bikoutsi camerounais agrémentés d’une touche jazzy.
L'équipe d'espace-citoyen l'a rencontré juste après son concert. Elle nous parle de son label, Contre-Jour, de sa vision du monde musical et des difficultés qu'elle y a rencontrées.
Retrouvez l'interview radio en dessous de l'article.
Espace-Citoyen : Dans tes chansons, tu chantes en langues traditionnelles, c’est important pour toi ?
Dobet : Oui, pour moi c’est important de chanter dans différentes langues africaines. C’est un peu comme traverser les frontières et unir un peu l’Afrique. Depuis l’âge de 12 ans, j’ai été baignée dans différentes langues africaines, dans le métissage. Donc pour moi, c’est important de diffuser la culture, les langues et les valeurs africaines un peu partout où je passe.
E-C : Tu diffuses aussi ta musique en Afrique, en Côte d’Ivoire ?
Dobet : Oui
E-C : Est-ce qu’il y a une différence au niveau du public ?
Dobet : Oui, parce que je joue un peu partout en Afrique mais je fais un concert par ci, un concert par là donc on me connaît beaucoup moins en Afrique qu’ici par exemple. J’ai démarré ici et je ne me suis pas encore vraiment laissé le temps de commencer une carrière en Afrique.
E-C : La musique, en Europe en tout cas, a tendance à devenir un produit pour certaines maisons de disque. Toi qui as grandi dans un milieu de tradition et de culture musicale, ça ne te semble pas bizarre ?
Dobet : Oui mais c’est le business. Ca dépend comment les gens perçoivent les choses. Dans la maison de disque dans laquelle je travaille (Contre-Jour), j’ai beaucoup de chances car ils ont envie de valoriser l’artiste à long terme. Petit à petit, ils créent la notoriété de l’artiste. Ca fait 7 ans que je travaille avec eux. Je crois que j’aurais beaucoup de mal à être dans une maison de disque où on parle de moi pendant deux ans, où je fais un carton et après plus rien. Ce serait un malheur pour moi. J’ai envie de continuer à faire entre 50 et 100 dates dans l’année. Peu importe si c’est dans de grands festivals ou dans de petits endroits, je veux continuer à diffuser ma musique, à vivre de ma musique.
J’ai aussi envie d’avoir le succès, ce n’est pas ça mais j’aimerais que ce succès là dure. Et si Universal a un jour envie, Inchallah, de signer avec moi, j’accepterais. Mais j’aimerais pouvoir profiter des deux structures, Contre-Jour et Universal. Qu’un nouveau public se crée avec Universal parce que c’est plus ouvert et qu’après, quand Universal va me lâcher, j’aimerais que Contre-jour soit toujours là pour que je puisse continuer à vivre de ma musique à long terme.
E-C : Est-ce que tu peux parler de ton label "Contre-Jour" ?
Dobet : C’est un label belge qui valorise la culture africaine. Il veut que les artistes africains puissent vivre de leur musique. Pour eux, c’est mieux que l’artiste vive en Afrique comme ça, il bénéficie encore des richesses de la culture et il peut aussi aider sa famille. Je suis la seule artiste de Contre-Jour qui vit en France. Tous les autres artistes vivent en Afrique. C’est une maison qui sort les disques, organise les tournées, ils sont manager, tourneur, éditeur… Ils font un peu de tout et ils créent un contact privilégié avec l’artiste qui est comme père-fils. Ils ne sont que deux dans le bureau et travaillent comme des artisans, à l’ancienne et à long terme. Et je trouve que c’est la meilleure manière.
E-C : Dans le festival, on parle du danger d’une culture standardisée… Es-tu d’accord avec ça ?
Dobet : En parlant de la Côte d’Ivoire, que je connais musicalement un peu mieux, je pense que c’est en danger par rapport au coupé décalé, la musique urbaine. Quand il y a eu la guerre, les gens ont voulu un peu plus s’évader dans la musique, dans l’énergie et dans les boites de nuit. Donc cette musique de DJ est restée. Malheureusement, c’est en train de détruire et de casser la vraie musique, les chanteurs de cabaret ou ceux qui font du life… Avec cette nouvelle tendance là, tout le monde fait du playback. Donc pour moi, ça casse la réelle musique ivoirienne. Je pense que ça peut aussi exister ici mais ici, il y a encore des salles de concert et des festivals qui fonctionnent. Donc il y a toujours du life, je ne vois pas de différence. Par contre en Côte d’Ivoire, il y a une réelle différence.
E-C : On parle parfois de difficultés au niveau de la mobilité internationale pour les artistes. As-tu déjà rencontré ce problème avec tes musiciens ?
Dobet : Bien sur, je l’ai rencontré il n’y a même pas une semaine avec mon batteur qui est togolais. Il n’a pas eu son visa pour aller jouer en Angleterre. Du coup, j’ai du le remplacer par quelqu’un avec qui je n’ai pas eu le temps de travailler. Je trouve ça dommage qu’il n’y ait pas de situation, de loi pour les artistes. C’est vrai qu’il y a des gens qui profitent des voyages pour fuir, pour rester en Europe. Bon, il faut les comprendre parce que l’Etat en Afrique est difficile mais l’Europe ne va pas prendre tous les pauvres sur ses épaules non plus... Il faut créer une loi pour les artistes honnêtes qui viennent pour faire leurs concerts parce qu’ils vivent de ça. Boris c’est un batteur qui vit de ça, il n’a rien d’autres. Parfois dans les ambassades, ils te demandent de jouer, de chanter, de danser pour prouver que tu es vraiment un musicien. Je trouve ça malheureux, c’est un peu rabaisser la personne. C’est honteux quoi ! Je pense qu’en tant qu’artistes, il faut qu’on arrive tous à parler de ça et qu’on établisse une loi. Qu’on puisse trouver une solution pour que les artistes puissent diffuser la culture africaine qu’ils ont en eux partout dans le monde. Parce que c’est encore une des richesses de l’Afrique qu’on peut exploiter.
E-C : Sinon, comment s’est passé le concert tout à l’heure ?
Dobet : Génial, on a apprécié ! On a vu que le public aussi avait aimé. Ca fait plaisir…
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Sommaire
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