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Hocus Pocus : "On a gardé toute notre liberté malgré la signature en major chez Motown France"

Après avoir été nominé aux Victoires de la Musique pour leur album "Place 54" et après un passage sur la scène de l'Olympia en 2008, le groupe Hocus Pocus est en tournée pour leur nouvel album "16 pièces". Ils étaient programmés ce vendredi soir sur la scène côté jardin d'Esperanzah! et ils ont mis le feu.
L'équipe d'Espace-Citoyen a rencontré 20Syl, MC et fondateur du groupe, juste après leur concert. Puisque le groupe a signé avec une importante major, Motown France, nous avons voulu connaitre leur point de vue et leur expérience à propos du danger d'une culture standardisée.
Retrouvez l'interview radio en dessous de l'article.
Espace-Citoyen : Vous venez d’être signés par une major. Est-ce que ça a changé quelque chose dans votre liberté de création ?
20syl : Pas du tout. On a gardé toute notre liberté malgré la signature en major chez Motown France. C’est une signature particulière puisqu’on est en licence donc on est producteur de nos disques et eux en font la distribution et la promotion. On a gardé le même système de création et de production depuis les origines du groupe.
E-C : Est-ce que cette signature en licence est un choix du groupe ou est-ce que c’est Motown France qui vous l'a proposé puisqu’elle n’avait pas encore travaillé avec vous ?
20syl : L’histoire, c’est qu’on avait fait notre album « 73 touches » et on était allé le démarcher en maison de disque pour essayer de signer une licence. Malheureusement, toutes les portes étaient restées fermées car ils ne nous connaissaient pas et ils se demandaient à quel public ils allaient vendre cette musique là. Il a fallu qu’on tourne énormément, qu’on remplisse des salles à Paris. On a rempli L’Elysée Montmartre, la Cigale, le Bataclan, enfin pas mal de salles et finalement ils sont revenus vers nous. Du coup, on a réédité cet album en licence et ensuite, on a fait « Place 54 » et « 16 pièces ». Donc voilà, on leur ramène le disque finit et eux en font la promotion et la distribution. Ce qui fait qu’on garde notre liberté totale en terme de créativité et je pense qu’on n’aurait pas pu faire autrement.
E-C : Vous avez eu dernièrement pas mal de succès. Vous avez été disque d’or, vous avez joué à l’Olympia et vous avez été nommé aux Victoires de la Musique. Est-ce que ça a un lien avec le fait d’avoir signé avec Motown France ?
20syl : Oui, je pense que forcément il y a certaines étapes que nous, en indépendants, on avait du mal à franchir. Notamment au niveau des gros médias comme les télévisions. Ces portes restaient fermées car on n’a pas le poids qu’ont les attachés de presse des maisons de disque. On a réussi avec « Place 54 » de faire un Taratata et les Victoires de la Musique comme tu l’as dit. Et tout ça, ça a été des chances qui nous ont propulsés. Au fur et à mesure, on a réussi à remplir de plus en plus les salles, à vendre plus de disques... Mais je pense que c’est aussi du au travail que nous fournissons depuis 15 ans. On a vraiment accumulé un public qui est resté fidèle en plus. Parce qu’encore aujourd’hui, il y a des gens qui viennent me voir et qui me disent « ça fait dix fois que je viens vous voir en concert » donc c’est plaisant de voir que les gens ne s’en lassent pas.
E-C : J’avais lu dans une interview que tu voulais ouvrir le rap à un public plus large... Est-ce que tu trouves que le monde du rap est assez fermé ?
20syl : Ce n’est pas vraiment ma démarche... L’idée, ce n’est pas d’ouvrir le rap à un public plus large. C’est déjà, dans un premier temps, de faire correspondre mes affinités personnelles, mes gouts, mes inspirations à la musique que je fais. Donc voilà, c’est d’abord l’envie et la passion puis dans un second temps, c’est vrai que la musique qu’on fait est assez ouverte. On y retrouve différents niveaux de lecture. Tout à l’heure, il y a un Papa qui était là avec ses gamins et qui me parlait de toutes les références qu’on peut avoir : Stevie Wonder, Grandmaster Flash,... Je ne pense pas que son fils ait entendu toutes ces références là. Mais il a apprécié Hocus Pocus pour d’autres raisons. Donc c’est le fait qu’il y ait ces croisements de générations dans notre musique qui fait que différentes générations se retrouvent dans le public. C’est plutôt de la cause à effet. Le but premier n’est pas de faire une musique pour un public large. L’idée de base est juste de faire une musique qui nous correspond.
E-C : Est-ce que tu pourrais illustrer la philosophie du groupe par des paroles de vos textes ?
20syl : Y a forcément l’hymne « hip-hop, juste un esprit positif ». Ce morceau là reflète bien la réalité de ce qu’on est, de ce qu’on fait. Dans l’esprit positif, il y a aussi la dérision d’un groupe qui ne se prend pas au sérieux. « Hip-hop », c’est un texte où je regarde des vieilles photos de moi et tous les styles que j’ai traversés. Les pantalons hyper larges et aussi ceux des pochettes des vieux albums de hip-hop. Parce que je pense que Melle Mel et Grandmaster Flash quand ils regardent les pochettes des albums de cette époque là, ils doivent rigoler en voyant les accoutrements. Donc voilà, c’est aussi ça : pas se prendre au sérieux. C’est peut-être le slogan qui résume le mieux l’esprit du groupe.
E-C : Vous avez aussi créé un label indépendant, est-ce que ce label existe toujours ?
20syl : Oui. Ca s’appelle On&On records. C'est le label avec lequel on produit les disques d’Hocus Pocus et qui est signé en licence sur le label Motown France.
E-C : Ce label produit aussi d’autres groupes ?
20syl : Y a pas énormément de choses… Il y a trois entités sous le label : il y a Hocus Pocus, C2C, un collectif de DJ et moi en tant que compositeur et auteur. Il y a des projets en cours qui vont peut-être émerger sous ce label là. C’est vrai qu’on a été très accaparé par Hocus Pocus ces dernières années donc on n’a pas eu le temps de développer d’autres choses mais on a des envies...
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