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Thierry Kesteloot : « La souveraineté alimentaire permet de dépasser les conflits d'intérêts"
Thierry Kesteloot est chercheur à Oxfam-Solidarité. Il nous parle des problèmes liés aux politiques agricoles et alimentaires appliquées actuellement, et de la réponse que le droit à la souveraineté alimentaire peut apporter.
Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est la souveraineté alimentaire ?
Pour nous, la souveraineté alimentaire c’est plus qu’un concept, c’est un droit : celui des populations et de leurs Etats à déterminer les politiques agricoles et les politiques alimentaires de leur pays, sans que ce soit au détriment d’autres pays.
Pourquoi est-ce important d’avoir des politiques agricoles et alimentaires ?
Parce que la nourriture, c’est bien plus qu’une simple marchandise. De plus, l’agriculture est non seulement reliée à des droits fondamentaux, comme par exemple se nourrir, mais aussi à la gestion de l’environnement, des paysages, à la qualité de la nourriture, ou encore aux produits du terroir. Au niveau des pays en développement, l’agriculture concerne surtout l’emploi et la gestion des zones rurales. Toutes ces fonctions reliées à l’agriculture nécessitent des politiques. Et les pays sont confrontés à des choix : est-ce qu’on décide de produire de la nourriture de manière tout à fait industrielle, dans des usines, ou est-ce qu’on souhaite autre chose ? Le droit à la souveraineté alimentaire offre la possibilité aux Etats de faire les choix qui leurs conviennent le mieux, sans soumettre l’agriculture uniquement aux lois du marché.
Quelles sont les critiques les plus courantes formulées à l’encontre de ce droit international?
Les détracteurs de ce droit considèrent que c’est un rêve, une utopie. Que cela va à l’encontre des réalités, notamment économiques. Il est vrai que c’est une alternative qui n’est pas encore suffisamment forte pour peser politiquement.
Lorsque des critiques sont émises par rapport à la souveraineté alimentaire, on remarque qu’elles sont généralement fondées sur une mauvaise conception de ce droit. La souveraineté alimentaire est souvent associée à l’autosuffisance, au fait de produire uniquement pour soi-même, sans accorder de rôle au marché. Alors que ce n’est pas le cas.
Quels sont les problèmes liés aux politiques agricoles et alimentaires appliquées actuellement ?
Auparavant, l’Union européenne pratiquait une politique de soutien des prix pour les produits agricoles. Mais de plus en plus, elle considère que cette politique est dépassée, qu’elle ne correspond plus à la réalité actuelle. Le budget accordé à la Politique Agricole Commune (PAC) est sans cesse remis en question, parce que les agriculteurs ne représentent « que » deux pourcents de la population active. La tendance aujourd’hui est de considérer qu’il vaut mieux allouer des budgets à des domaines plus porteurs, comme la recherche, l’informatique ou la communication.
Le problème aujourd’hui réside aussi dans le fait qu’on n’établit pas de liens entre les différents domaines. Il existe une politique de développement rural mais qui n’est pas suffisamment reliée à la politique agricole. On a une politique de recherche mais qui n’est pas non plus mise en lien avec la politique agricole. Dans la pratique, les choses sont souvent cloisonnées. Et chacun des acteurs défend ses propres intérêts, ce qui engendre des conflits.
C’est-à-dire ?
Lorsqu’on parle d’agriculture, on remarque qu’il y a de nombreux conflits d’intérêts. Entre les agriculteurs et les consommateurs, par exemple. L’agriculteur préfère pratiquer des prix plus élevés, alors que le consommateur souhaite acquérir les produits au moindre coût. Ou entre environnement et agriculteurs, ou entre agriculteurs du Nord et agriculteurs du Sud,…
La souveraineté alimentaire permet de se poser des questions et de trouver des solutions pour dépasser ces conflits. Effectivement, les intérêts des uns et des autres sont en contradiction, mais au-delà de ça, il y a aussi énormément de choses qui les unissent. L’objectif étant de trouver un terrain d’entente. Ce n’est pas quelque chose de totalement nouveau, mais ça ne se pratique pas assez au niveau politique, où on reste dans les conflits d’intérêts et les rapports de force.
Et votre rôle, c’est justement d’amener les gouvernements à réfléchir de façon plus globale…
Effectivement. C’est vrai qu’il peut y avoir des conflits d’intérêts entre un agriculteur du Nord et un agriculteur du Sud. Par exemple, si la politique agricole dans un pays du Nord permet une surproduction, celle-ci va être exportée avec des subsides. Les produits importés concurrencent les produits sur les marchés locaux, ce qui empêche l’agriculture du Sud de se développer. Donc là, il y a véritablement un conflit d’intérêts.
Mais on peut dépasser cela. Notamment par le droit à la souveraineté alimentaire qui permet de fixer un cadre pour une politique agricole et une politique commerciale solidaires.
Notre rôle, avec des organisations de producteurs des pays en développement ou des organisations de producteurs européens, c’est de faire du plaidoyer auprès des instances gouvernementales. Afin de renforcer les politiques des pays en développement, d’une part, et de changer les politiques européennes, d’autre part.
Sommaire
- La souveraineté alimentaire : de quoi s'agit-il ?
- La souveraineté alimentaire, ce n'est pas...
- Les 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement
- Quand le monde crie famine...
- Quand le Nord concurrence le Sud
- Le secteur agricole
- Où vont les céréales?
- Christian Panneels : « Il faut redoubler d’efforts »
- Thierry Kesteloot « La souveraineté alimentaire ne concerne pas uniquement les pays du Sud"
- Thierry Kesteloot : « La souveraineté alimentaire permet de dépasser les conflits d'intérêts"
- Virginie Pisoort : « chaque jour, 17.000 enfants meurent des suites de la faim"
- Espace-citoyen sur "Quand les jeunes s'en mêlent"
- Les associations pour la souveraineté alimentaire









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