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Angélique, 47 ans témoigne
"Je me souviens encore qu’à l’époque le SIDA était un sujet tabou, autant que le sexe".
J’ai été élevé avec tous mes 13 frères et sœurs dans la mentalité africaine. Ma mère était femme au foyer et mon père avait un poste très respectueux, à Lubumbashi, en République Démocratique du Congo. Ce qui lui donnait un certain statut et du respect de la part de tout le monde. Il y a eu des moments où c’était difficile, avec 14 enfants et les guerres civiles. Mais il a toujours fait son possible pour que la famille reste unie.
Nous avons eu une bonne éducation, mon père nous a envoyé dans les meilleures écoles. Le plus important pour mes parents, et ça l’est encore pour beaucoup d’Africains, c'est les études. Ils croyaient qu’on apprenait tout à l’école. Notamment tout ce qui concerne le sexe, un sujet très tabou qu’on n’abordait jamais à la maison. Je me souviens encore qu’à l’époque le SIDA était un sujet tabou, autant que le sexe. On a dû apprendre ces choses par nous même. C’est d’ailleurs la raison principale qui m’ a poussée à devenir infirmière.
Plus tard, les ainés de la famille se sont mariés et nous n'étions plus beaucoup à la maison. Ma petite sœur Elisabeth, a rencontré un homme qui avait déjà été marié une fois, mais sa femme était décédée. Cet homme a voulu épouser ma sœur en seconde noce. Ils se sont mariés. L’un et l’autre n’avaient pas jugé bon de faire un test de dépistage de SIDA avant de se marier. Pour ma sœur s’était un peu normal car personne ne lui en avait jamais parlé auparavant.
Ils ont eu un fils qui a 21 ans aujourd’hui, et deux filles qui sont toutes deux décédées en bas âge. Après presque cinq ans de mariage, le mari de ma sœur est tombé gravement malade. Il est décédé peu après ça. Des examens médicaux ont révélés qu’il était en phase terminale du SIDA. Quand nous l’avons appris, il était trop tard, ma sœur était déjà contaminée.
Je me souviens encore que ça a été pour toute la famille un véritable choc. Les adultes en parlaient entre eux. Mes petites sœurs et mes cousines l’ont appris en écoutant derrière les portes car c’était un sujet très tabou. Mon père disait que c’était la honte pour la famille. On était en 1989.
Ma sœur est décédée en 1994. Je garde encore son image à cette époque dans ma tête. Elle était méconnaissable, elle ne savait même plus parler.
Son fils a 21 ans aujourd’hui. Il est séronégatif.
Je ne condamne pas mes parents car ils ne nous ont pas appris ces choses. Peut-être par d’ignorance...
Sommaire
- Être séropositif ne veut pas dire avoir le SIDA
- Sur les traces du SIDA
- Le SIDA, une maladie qui ne se guérit toujours pas
- SIDA et traitement : comment se soigner ?
- Comment lutter contre la propagation du SIDA ?
- Des chiffres qui parlent
- L’OMS et la lutte contre le SIDA
- Sida et mythes
- Angélique, 47 ans témoigne
- Benoît, 38 ans, témoigne
- Témoignage d’Aalya, 21 ans









Commentaires (1)
De Félix,
15 décembre 2009 à 12h03
Merci pour ce dossier très complet et intéressant. Même si le SIDA n'est plus un sujet tabou (quoique...), il est flagrant de constater le peu de connaissance que l'on a à son propos. Je ne pensais pas trouver autant d'informations ici.