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Marc Vandercammen:"Les jeunes sont des fourmis accumulatrices"

Marc Vandercammen est directeur général du CRIOC (Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs). Dans cette interview, il aborde la question du rapport des jeunes à l’argent et à la société de consommation.

Les jeunes d’aujourd’hui reçoivent-ils plus d’argent de poche qu’avant ?

Si l'on fait référence aux dix ou aux vingt dernières années, les jeunes reçoivent non seulement de l'argent de poche plus souvent mais les montants sont aussi plus élevés et plus réguliers.

Comment expliquer cela ?

La société de consommation a intégré le phénomène de l'enfant roi et a transformé l'enfant non seulement en prescripteur d'achat mais aussi en acheteur potentiel.

A quoi utilisent-ils leur argent de poche ?

L'argent de poche est souvent mis de côté car la plupart des enfants économisent. Le reste de l'argent de poche est utilisé pour acheter du "superflus". Entre eux, les jeunes parlent peu d'argent de poche mais utilisent souvent l'argument de la comparaison pour "soutirer" des moyens supplémentaires aux parents.

Est-ce que le montant du salaire est déterminant dans le choix d’une profession ou d’une filière d’études ?

Pour quelques jeunes parfois mais certainement pas pour tous. Le paradoxe : ce n'est pas le salaire réel (qu'ils ne connaissent pas) mais les signes extérieurs de richesse qui sont appréciés (voiture de fonction, ...)

Quelle attitude les jeunes ont-ils face à l’argent : sont-ils très dépensiers ou au contraire économes ?

La plupart sont de réelles fourmis accumulatrices qui placent l'argent de poche et autres dringuelles sur un carnet de dépôt ou un livret d'épargne pour des dépenses dans le futur. Souvent ces dépenses ne sont pas réalisées, et l'argent demeure placé.

Les jeunes sont-ils critiques par rapport à la société de consommation ?

Cela dépend de leur éducation et de leur âge. La plupart des enfants en dessous de 8 ans ne perçoivent pas l'impact de la publicité et l'influence de celle-ci sur leurs décisions de consommation. A la pré-adolescence, le tribalisme est très présent et la nécessité de consommer comme les autres est réelle. A l'adolescence, la consommation est plus critique. Parmi les milieux sociaux les plus démunis, la nécessité de consommer pour exister est très présente. De manière générale, les jeunes actuels sont moins enthousiastes vis-à-vis des grands défis mondiaux qu'il y a 20 ans. Par contre, ils sont très individualistes et très critiques par rapport à la société

Qu’est-ce que la consommation responsable ?

On la résume souvent par le terme : consom'acteur... C'est-à-dire un consommateur qui pose des choix raisonnés et cohérents en matière de consommation tels qu'acheter des légumes de saison, des fruits sans pesticides, des produits issus du commerce équitable, etc. Il s'agit d'éduquer le consommateur au développement durable et de lui apprendre que sa consommation actuelle n'est pas possible à terme car les ressources sont limitées.

Comment éduquer les jeunes à la consommation responsable ?

Tout d'abord l'information, ensuite la sensibilisation à travers l'éducation (donner des outils aux parents, inscrire le concept du développement durable dans tous les programmes de l'enseignement, décoder le fonctionnement de la société de consommation, etc.). Mais ces actions seront inutiles si la société n'organise pas la protection des jeunes consommateurs. Les sollicitations commerciales sont nombreuses et leur régulation est nécessaire car un jeune par manque de moyens et d'information ne dispose pas toujours de l'information nécessaire à sa prise de décision. Enfin, si les adultes veulent éduquer les jeunes, sans doute devraient-ils aussi en être les modèles !

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Commentaires (1)

  • van obbergen

    De van obbergen,
    21 décembre 2011 à 17h44

    et si l'on demandait aux français de faire de même?