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Wendy Savransky : coordinatrice de l'asbl Miata

Wendy Savransky est coordinatrice de l’asbl Miata : Maison d’Information et d’Accueil des Troubles de l’Alimentation. Cette asbl existe depuis mars 2004 et s’adresse aux parents et aux proches de personnes souffrant de troubles alimentaires. Interrogée par l’équipe d’Espace-Citoyen.net, Wendy Savransky nous éclaire sur les réactions de la famille et sur ce que celle-ci peut faire pour aider un proche souffrant d’anorexie ou de boulimie.
L'asbl Miata s’adresse aux proches d’une personne souffrant de troubles alimentaires. Que leur proposez-vous en premier lieu ?
Tout d’abord, on offre un accueil et une écoute. Le but est de fournir une information claire, juste et d’exclure les idées reçues sur ces maladies. Par exemple, le fait de croire que l’anorexie n’est pas une maladie et qu’elle ne peut pas être soignée. C’est aussi de croire que la personne contrôle la situation alors qu’elle ne contrôle justement rien. En réalité, sa capacité de conviction est tellement grande qu’elle peut troubler ses parents et les amener à penser que ce n’est pas aussi grave qu’ils croient. C’est très douloureux pour les parents quand ils s’en rendent compte parce que cela risque de porter atteinte à la confiance qu’ils portent à leur enfant et provoquer une source de conflits au sein de la famille.
Et ensuite, que se passe-t-il ?
On propose aux parents de se rencontrer ici dans le cadre de groupes de parole organisés une fois par mois. On prévoit aussi entre 3 et 4 conférences par an qui ont trait aux troubles alimentaires pour sensibiliser les parents mais aussi le grand public et les aider à reconnaître le plus rapidement possible les premiers signes d’un trouble alimentaire. Lors de ces conférences, nous invitons des spécialistes, des thérapeutes, des psychiatres et des personnes qui témoignent. C’est important d’organiser ce genre d’événements pour que les parents sachent qu’il y a des solutions et que des gens s’en sortent.
Que ressentent en général les parents par rapport à la maladie de leur enfant ?
C’est une maladie très insidieuse qui s’installe petit à petit, elle n’apparaît pas du jour au lendemain. Il faut donc souvent du temps avant de s’en rendre compte. Ce n’est pas une question de négligence de la part des parents mais c’est parce que, petit à petit, la jeune fille change et arrive à bien cacher son amaigrissement ou ses crises de boulimie. (Il s’agit souvent d’une jeune fille donc je vais parler en « elle ».)
Quand les parents s’en rendent compte, ils ne comprennent pas ce qui se passe. Très souvent, ils ne savent pas vers qui se tourner. C’est le grand danger car ils commencent à chercher n’importe qui, n’importe quoi et ils risquent alors de ne pas mesurer le problème à sa juste valeur. Quand ils commencent à en parler avec leur enfant, elle nie son problème. Le déni fait partie de la maladie… Les parents se trouvent alors face à une fille qui est fermée et qui dit : « Je n’ai pas de problèmes. Le problème, il n’est pas chez moi, il est chez vous. Je n’ai pas besoin d’aide, je n’ai besoin de rien. Fichez-moi la paix. ». Les parents voient bien que leur fille change de comportement. Ils s’inquiètent, se mettent en colère et deviennent parfois agressifs. Cela nuit à la communication, créant un mauvais climat au sein de la famille. En fin de compte, ils se sentent incompétents et impuissants.
Selon vous dans le processus de guérison, est-ce nécessaire qu’un travail soit fait avec les parents ?
Oui, c’est essentiel que les parents soient impliqués dans le processus thérapeutique. Ils sont compétents mais ils n’ont pas les indications pour pouvoir activer leurs ressources parentales. Il faut leur donner les clés pour savoir comment les aider à réagir par rapport au comportement de leur fille. Quoi dire, quoi ne pas dire, quoi ne pas faire, … Leur implication fera en sorte qu’eux-mêmes auront petit à petit un sentiment de compétence et pourront aider leur enfant.
Que leur conseillez-vous avant tout ?
L’important c’est de ne pas juger leur fille, de bien faire la distinction entre leur enfant et sa maladie. Une personne qui est dans un état de dénutrition pense différemment, agit différemment. A travers les mots et les comportements de la jeune fille, c’est la maladie qui parle. Si elle accepte de mieux manger et de prendre du poids, sa pensée va redevenir celle qu’elle était auparavant. Il faut bien faire la distinction mais c’est très difficile de ne pas perdre la tête et de ne pas s’énerver. Il y a une question de risque vital et donc les parents sont très paniqués par moment.
Comment est-ce que les parents peuvent aider leurs enfants à surmonter la maladie ?
En lui offrant un environnement stable et sécurisant et en étant présents sans insistance, comme un message qui dit : « Voilà, on est proche de toi, on t’aime, on ne veut que ton bien. Quoi qu’il arrive, il y a des solutions et on est là pour t’aider. » Si la jeune fille n’est pas prête à ce moment-là, il faut lui rappeler qu’on est là. C’est très important que les parents ne jugent pas leur enfant, ne le culpabilise pas. Il faut que l’enfant sente qu’il y a une sécurité même si il ne veut pas y recourir. Il a besoin de cela pour pouvoir s’autonomiser. Les parents peuvent également lui proposer de faire des activités qui n’ont rien à voir avec la nourriture.
Avez-vous un message à faire passer aux ados ?
J’ai à vous dire que vous êtes jeunes et que vous avez toute la vie devant vous. Ne vous laissez pas berner par les apparences, vous êtes beaux comme ça, chacun dans sa singularité…
Sommaire
- Les troubles du comportement alimentaire : généralités
- L’anorexie, qu’est-ce que c’est?
- La boulimie, qu’est-ce que c’est ?
- Anorexie et boulimie, quelles conséquences ?
- Ces maladies ont-elles toujours existé ?
- Les autres formes de TCA
- Pourquoi les femmes souffrent-elles plus des TCA?
- Pourquoi souffre-t-on de TCA?
- André Passelecq, directeur thérapeutique
- Muriel Vandergucht : sophrologue
- Natalia : "Quand tu manges, t’oublies tout…"
- Wendy Savransky : coordinatrice de l'asbl Miata
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