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Natalia : "Quand tu manges, t’oublies tout…"

Natalia a 23 ans, elle réalise actuellement un master en sciences de la population et du développement. Elle souffre de boulimie depuis 5 ans. Dans ce témoignage, elle accepte de nous parler de sa maladie et de nous faire part de ses angoisses…

Quand as-tu commencé à être boulimique ?

Ca a commencé durant le passage de la 5ème à la rhéto. A ce moment, j’avais grandi de 10 centimètres et pris 10 kilo. Ce rapide changement de mon corps m’a fait peur. En plus, les garçons de ma classe n’arrêtaient pas de me dire que ma grande sœur était super belle. Ils disaient aussi que d’un point de vue morphologique, j’étais normale. En fait, j’ai associé le fait d’être belle au fait que ma sœur était plus mince que moi. C’est aussi à cette période que je suis tombée amoureuse pour la première fois. Tout cela m’a amené à faire régime. J’ai perdu quelques kilos et j’ai commencé à prendre goût au fait de maigrir. J’ai commencé par être anorexique mais, je suis vite devenue boulimique. La première fois où je me suis dit que ça dérapait c’est quand je suis rentrée chez moi, que j’ai ouvert le frigo et que j’ai mangé plein de trucs. Je n’arrivais plus à me contrôler. Durant cette période, je n’avais pas grand-chose dans ma vie. Toutes mes pensées allaient pour mon copain et pour la nourriture.   J’avais une phobie de devenir grosse parce que j’avais peur qu’il ne m’aime plus. C’était tout le temps des calculs. C’était horrible…

Comment te sens-tu aux moments des repas ?

Ce moment reste toujours une angoisse. Aujourd’hui, je suis encore dans le contrôle. J’ai cru que j’étais libérée mais ce n’est pas encore vrai. Avant, j’aurais refusé d’aller à un souper car je me trouvais trop grosse et donc je me coupais des autres. Aujourd’hui, je suis passée au-dessus de ça. J’ai une vie active et des amis. C’est ce qui est différent par rapport à avant mais d’un côté ce n’est pas très compatible avec la maladie. Donc je suis toujours entre les deux mais, pour le moment, je fais passer ma vie avant ma maladie.

Pendant une crise tu te sens comment ?

Quand tu manges, t’oublies tout…  Tu manges pendant une heure et tu ne penses à rien pendant tout ce temps. Tu manges tout ce qui te passe sous la main. Tu ne gères plus rien du tout. Avant je programmais, j’allais m’acheter plein de trucs et je me disais « cool je vais me faire une crise de boulimie ». Je me disais « cool » parce que c’était une envie. Maintenant, je ne les programme plus, c’est en mangeant que je réalise que je vais faire ma crise de boulimie. C’est horrible car je ne peux pas manger trop devant les autres. Alors je vais dans la cuisine, je pique de la nourriture et je monte avec en cachette dans ma chambre.

Comment réagis-tu après une crise?

Pour moi, les crises de boulimie n’existent pas. Par exemple, quand je vais vomir dans les toilettes publiques, c’est comme si ça ne faisait pas partie de ma vie. Je suis quelqu’un d’autre. C’est une pulsion que je ne sais pas contrôler mais après je sais rebondir, retrouver ma vie normale et mentir. J’arrive à me persuader que ça va mieux. Je raconte des conneries aux autres… Je dis que je suis allée chercher un truc chez une copine ou qu’on m’a invité à aller boire un verre. Je vais parfois changer mes plans pour ça car je ne sais pas résister aux crises. J’ai besoin de me remplir.

Le problème c’est qu’il y a quand même beaucoup de répercutions sur le moral. Je sais que si j’ai envie de réussir mes études, il faut que j’arrête car ça me fatigue et je n’arrive plus à me concentrer. Si je fais encore ça aujourd’hui c’est parce que c’est un peu comme un exutoire pour moi. C’est comme ça que je gère mes émotions… vraiment. Au lieu de faire du sport ou de gueuler pour me défouler, je mange. C’est mon refuge.

Quand as-tu décidé de te soigner ?

Quand j’ai commencé à maigrir très fort, mes parents se sont inquiétés. Un jour, ils ont vu que j’avais vomi et m’ont emmené voir un psychiatre. Il m’a dit que c’était le début de la maladie et que j’avais plus de chances de m’en sortir si je me soignais directement. Je n’y ai été que 3 fois puis j’ai laissé tomber. Pendant  3 -4 ans, j’ai eu des crises tout le temps. La maladie a continué sans que personne ne s’en rende compte. A ce moment-là, j’étais très agressive avec mon entourage parce que je n’étais pas bien dans ma peau. Maintenant, j’arrive mieux à montrer que tout va bien et à garder ma souffrance pour moi toute seule.

Au début de cette année, j’ai craqué devant des copines. Elles m’ont dit qu’il fallait faire quelque chose car ça allait me tuer… On a pris rendez-vous avec un psychiatre qui n’a pas été très cool… Il m’a dit que je devais réussir à manger normalement. Je suis restée 10 minutes et j’ai payé 70 euro… Je trouvais ça un peu fort. Après, j’ai été voir une autre dame qui est psychologue et ethno-thérapeute. On a fait des séances d’hypnose. Ca m’a vraiment fait du bien. Pour le moment, je n’y vais plus car ça coûte cher et mes parents ne m’aident pas pour ça.

Selon toi, comment peut-on guérir de cette maladie ?

Je crois qu’en étant  épanouie dans la vie personnelle et professionnelle, ça aide. Je pense aussi que je dois compenser par autre chose. Tous les psys m’ont conseillé de faire du sport. Après, je me sens plus détendue et je résiste mieux à l’appel de la crise. Je crois que je dois trouver une stabilité pour aller mieux. Quelqu’un de boulimique, c’est quelqu’un de désordonné. Toute ta vie est chaotique. Moi, dans ma vie, je change tout le temps d’idée… Maintenant que ça fait 5 ans que c’est comme ça, c’est difficile de changer mes habitudes et de redevenir plus structurée. C’est vraiment un travail énorme.  Aujourd’hui, je suis décidée à changer mais je sais qu’il y a encore du chemin à faire. Je dois retrouver un équilibre. Je sais qu’il faudra du temps mais je vais y arriver. J’espère que je n’aurais pas trop de séquelles. J’ai peur qu’on me dise que je ne peux pas avoir d’enfants plus tard.

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