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André Passelecq, directeur thérapeutique

Le Docteur André Passelecq est directeur thérapeutique du groupe hospitalier « La Ramée – Fond’Roy » et plus particulièrement chef de service de l’unité où sont hospitalisés les patients souffrant de troubles du comportement alimentaire. Il y travaille depuis 25 ans et a déjà soigné plus de 3000 patients. Il nous éclaire sur ces maladies…

Quel genre de traitement proposez-vous à la clinique « La Ramée » ?

On peut distinguer deux approches principales dans le traitement de ces maladies : la thérapie comportementale qui est utilisée dans d’autres hôpitaux et notre approche qui est de type psychanalytique et pluridisciplinaire. Pour soigner une personne, il faut savoir sur quelles causes de la maladie nous pouvons agir. A « La Ramée », nous pensons que ces maladies-là veulent dire quelque chose, qu’elles ont un sens. Nous cherchons donc ce qui se passe dans l’inconscient de la personne, ce qui l’a poussé à perdre du poids. 

Concrètement, l’hospitalisation c’est quoi ? C’est d’une part, les aider diététiquement de manière assez directive. Quand une patiente rentre à l’hôpital, ont fait ce qu’on appelle un «contrat de poids ». C'est-à-dire qu’on négocie avec elle un poids minimum en dessous duquel elle ne sort pas de l’hôpital. Au début de l’hospitalisation, l’alimentation est quasi liquide parce qu’il y a toujours le refus inconscient de manger. D’autre part, nous faisons des séances de psychologie individuelle et familiale. Pour que la personne guérisse, il est nécessaire qu’elle ait une confiance absolue en sa famille et en nous. Il est également important que la famille soit dans une dynamique de construction, de santé et de changement. C’est pourquoi nous travaillons aussi en relation avec la famille.

A côté de ça, nous proposons toute une série d’ateliers et d’activités. Notre but est de les aider à oser s’exprimer autrement qu’en étant malade. Nous leur proposons également des ateliers civiques durant lesquels nous les aidons à accepter les règles de la société. Enfin, des professeurs de la Communauté Française permettent aux jeunes de continuer leur cours durant leur hospitalisation.

Combien de personnes meurent de ces maladies ?

Faire des statistiques, c’est toujours difficile… Mais, on peut penser qu’il y a plus ou moins 15 à 17 % de décès. On dit qu’environ 1/3 des malades s’en sort vraiment, 1/3 hormis quelques rechutes de temps en temps, arrive à revivre bien et 1/3 reste dans la maladie. Plus on se soigne tôt, plus on a des chances de guérir. Mais plus la maladie dure, plus le risque de décès augmente. Généralement, les causes de décès sont la dénutrition totale, le suicide, ou la crise cardiaque. Ce dernier est le risque majeur de la boulimie. En effet, le fonctionnement cardiaque a besoin de potassium et celui-ci se trouve essentiellement dans l’estomac. Or, quand une personne vomit, son taux de potassium chute et son rythme cardiaque diminue.

Avez-vous constaté une évolution dans la maladie ?

Il y a 20-25 ans, c’était plus facile de prendre en charge les patients. Au cours du temps, les choses se sont complexifiées. Les pathologies sont plus lourdes et le nombre de patients est plus grand. Selon moi, les raisons sont multiples… Je pense qu’on se trompe sur ces maladies. Elles sont très mal connues et quand on n’est pas spécialiste dans ces problèmes-là, on y répond d’une manière inadéquate qui ne règle pas le problème. Or, il est important que ces maladies soient prises en charge le plus tôt possible pour espérer une guérison. Les patients qui arrivent chez nous ont donc déjà eu toute une série de traitements qui n’a pas fonctionné et sont dans un état extrêmement grave. Une prise en charge extrêmement spécifique doit donc se développer autour de ces maladies. Il y a quand même près de 100 000 personnes en Belgique qui souffrent des troubles du comportement alimentaire.

Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes ?

Le conseil que je peux donner c’est de garder un esprit critique. C’est-à-dire ne pas oublier quand on voit des publicités par exemple, qu’on est en train de se faire manipuler. C’est aussi apprendre à oser donner son avis, à oser dire quand on n’est pas d’accord et savoir en discuter. Vous ne pouvez pas prendre en charge tous les problèmes du monde sur vos épaules, il faut aussi vous occuper de vous. C’est aussi ça avoir une bonne santé.

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