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Pascale Davister (Praxis)

L’asbl Praxis informe et propose un accompagnement des auteurs de violences conjugales ou familiales en Belgique. Grâce aux formations de groupe proposées par cette association, les participants apprennent à accepter qu’il ne tient qu’à eux de ne pas franchir le pas vers la violence. Patricia Davister, permanente au sein de l’asbl nous éclaire sur le travail de Praxis et sur les auteurs de violences familiales et conjugales.
Comment est né Praxis ?
Praxis est une asbl qui a vu le jour en 1992 dans le cadre des mesures judiciaires alternatives. Subsidié par le Ministère de la justice, Praxis proposait alors deux types de formations. Pour les consommateurs de psychotropes (il s’agit de drogues qui agissent sur l’esprit), d’un côté, et pour les auteurs de délits en lien avec la consommation d’alcool, de l’autre. Au fur et à mesure, nous nous sommes rendus compte qu’un tiers des délits commis sous l’emprise de l’alcool avaient été accomplis sur la scène familiale. Or, il s’agit d’un type de violences très différent de celles commises sur la voie publique. Une troisième formation a donc été mise en place pour les auteurs de violences conjugales et familiales, qu’il y ait un lien avec la consommation d’alcool ou pas. Aujourd’hui, la majorité de nos dossiers concernent des cas de violences domestiques.
En quoi consistent ces formations ?
Baptisées « groupes de responsabilisation pour les auteurs de violences conjugales et familiales », ces formations sont proposées aujourd’hui dans chaque arrondissement judiciaire francophone de Belgique. Elles durent 45 heures à raison de deux heures par semaine pendant 21 semaines. Les groupes sont composés de 9 personnes maximum avec deux animateurs. Ce sont des groupes très hétérogènes : autant de personnes envoyées par la justice que celles qui ont choisi de nous contacter par eux-mêmes, de toutes nationalités, de toutes cultures et de tous niveaux intellectuels. Il n’y pas un "profil-type" de l’auteur de violences conjugales ou familiales.
Pourquoi des groupes et pas des entretiens individuels ?
Des entretiens individuels sont programmés avant de suivre la formation de groupe afin de préparer le participant. Le fait de travailler par groupe a plusieurs avantages dont un effet "miroir". Entendre de la bouche de quelqu’un d’autre une expérience semblable à la sienne peut permettre de se rendre compte de la gravité de son propre geste. Et puis le groupe est à la fois un lieu de soutien et de confrontation : les participants se comprennent entre eux mais ils sont aussi plus sévères que les animateurs dans leurs jugements.
Quel est le but final de la formation ?
L’objectif final, c’est la responsabilisation. La plupart de auteurs de violences conjugales et familiales ne reconnaissent pas leurs tords et rejettent la faute sur la justice, leur conjoint, leur enfants,… Il est important qu’ils se réapproprient leurs comportements et qu’ils se rendent compte que le choix de poser un comportement violent n’appartient qu’à eux. S’ils disent qu’ils ont agi sous l’influence de l’alcool, qu’ils ont "pété un plomb", qu’ils ne se contrôlaient pas, … alors, ils recommenceront presque à coup sûr.
Qu’est-ce qui est mis en place pour y arriver ?
Différents outils sont mis en place dans le cadre des groupes de responsabilisation. Par exemple, un journal doit être rempli chaque semaine par les participants. Ils doivent répondre à des questions autour des tensions qu’ils ont ressenties au cours de la semaine, de leurs préoccupations, etc. Un autre exemple est celui des "différentes formes de violences".
Vers la 12ème séance, le participant doit préparer une présentation au cours de laquelle il indique sur une grande feuille les violences "subies" d’un côté et "agies" de l’autre. Il s’agit d’une récapitulation de toutes les formes de violence auxquelles il a été confronté au cours de sa vie, qu’il en ait été la victime ou l’auteur. C’est généralement un moment important dans la reconnaissance de ses actes.
Cela signifie que les auteurs de violences ont aussi été des victimes à un moment donné ?
Il arrive effectivement souvent que les auteurs de violences aient aussi été des victimes. Attention, par "violences", il faut entendre les violences physiques et sexuelles mais aussi psychologiques et verbales.
Peut-on déterminer des signes avant coureurs ?
Généraliser ne sert à rien, la situation est différente pour chacun. Il n'y a pas de profil-type pour l'auteur de violences. Cependant, il s’agit souvent de personnes qui ont du mal à s’exprimer, à dévoiler ce qu’elles ressentent et qui laissent s’accumuler les émotions néfastes. Ils franchissent le pas vers la violence parce qu’ils se trouvent dans une situation difficile et qu’ils se trouvent dans un état de tension trop difficile à gérer.
Des femmes font-elles parfois appel à vous parce qu’elles ont commis des actes de violence ?
Oui, il arrive que des femmes nous contactent pour suivre une formation. Mais elles ne sont pas assez nombreuses pour constituer un groupe rien que de femmes. Elles sont donc, bien entendu, accueillies et intégrées au groupe mais avec quelques précautions supplémentaires puisqu’elles sont seules parmi les hommes.
Sommaire
- La violence sous toutes ses formes
- Françoise Guillitte : "Le problème des violences faites aux femmes est universel"
- Violences, 10ème cause de décès chez les femmes
- Florence Ronveaux " Il faut sensibiliser à l'égalité hommes-femmes"
- Pascale Davister (Praxis)
- Catherine Hailliez (SOS Viol)
- Les mutilations génitales féminines (MGF), c'est quoi?
- MGF, entre loi et réalité
- K.Diallo (GAMS):"Il faut éviter à d’autres enfants d’être mutilés"
- Mariages forcés
- Espace-Citoyen dans l'emission "Quand les jeunes s'en melent"









Commentaires (1)
De arlette,
14 octobre 2009 à 06h31
doc