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La laïcité : définitions, historique et situation en Belgique

Depuis 2002 en Belgique, la laïcité est reconnue au même titre que les cultes religieux. Mais cette notion de laïcité fait l’objet de débats car elle recouvre deux sens, proches mais distincts.

Définitions

Dans un premier sens, la laïcité est un concept politique qui désigne le principe de séparation de l’Église et de l’État, c’est-à-dire que l’État n’exerce aucun pouvoir religieux et que les Églises n’exercent aucun pouvoir politique. Ainsi, une personne laïque peut appartenir à une religion, tout en estimant qu’il ne faut pas mélanger les affaires publiques et religieuses. Son appartenance religieuse reste du domaine du privé et de l’intime.

La laïcité rend également compte du respect de la liberté religieuse et en général, des droits fondamentaux (liberté de conscience, d’expression, de culte, d’association, d’enseignement et non-discrimination en fonction de la religion).

Dans un sens plus philosophique, la laïcité signifie un mouvement ne reconnaissant aucune religion et estimant que toute croyance ou doctrine doit être mise en doute par la raison, sans se référer à une puissance supérieure. Chacun a le devoir de réfléchir, douter, critiquer une opinion, tant que son point de vue est argumenté.

Quant à la notion de laïcisation, elle est souvent confondue avec celle de sécularisation, même si elles ne signifient pas tout à fait la même chose. La sécularisation est la baisse d’influence des religions dans la société. La laïcisation concerne plus précisément la séparation de l’Église et de l’État et la reconnaissance de la liberté religieuse. La laïcisation est en général propre aux pays de tradition catholique où l’Église s’est posée comme concurrente à l’État.

Historique

Au 5e siècle, le pape Gélase 1er énonce la "doctrine des deux glaives" visant à séparer le pouvoir temporel et l’autorité spirituelle, le premier devant soutenir la seconde. Toutefois, sous l’influence des religions monothéistes, il devient difficile de s’affirmer incroyant et plusieurs d’entre eux sont exécutés au Moyen-Âge.

Dans le contexte des guerres de religion du 16e siècle se développe l’idée d’une "sécularisation" de l’État, comprise dans le sens d’une impartialité à l’égard des différentes religions.

A partir du 17e siècle, se développe la critique des religions par la raison, qui s’épanouit au siècle suivant. En Europe, les sans religion et les libres-penseurs deviennent de plus en plus nombreux. L’esprit laïc se développe contre l’autorité de l’Église et des clercs.

Aux Etats-Unis, le premier amendement de la Constitution (1791) garantit la séparation des Églises et de l’État fédéral, l’absence de toute religion établie et la liberté de conscience. La laïcité se conjugue donc avec une forte empreinte de la religion dans la société et même dans certains actes de la vie publique.

En France, suite aux combats des libres-penseurs anti-cléricaux, les lois Ferry garantissant la neutralité de l’enseignement (1882 et 1886) puis la loi de 1905 proclame la séparation de l’Église et de l’État, sans utiliser toutefois le terme laïcité. Ce dernier apparaît lors de la Constitution de 1946 qui impose une neutralité totale à l’État en matière de conceptions religieuses ou philosophiques : l’État ne paiera pas les ministres du culte, n’organisera pas d’enseignement religieux et n’interviendra pas dans les affaires ou l’organisation des différentes confessions.

Par contre, dans des pays comme le Royaume-Uni, le Danemark ou la Finlande, l’Église possède toujours un statut officiel, même si une totale liberté de conscience est garantie.

La laïcité en Belgique

En Belgique, l’Église et l’État ne vivent pas séparés, mais dans une coexistence reconnue et assumée depuis la Constitution de 1831. L’État prend en charge les traitements et pensions des ministres du culte.

Aujourd’hui, 6 religions et convictions philosophiques sont reconnues et soutenues financièrement par l’État dans un esprit de pluralisme: le christianisme, le judaïsme, l'Église anglicane, l'Église protestante, l'islam et, ironie de l’histoire, la laïcité depuis 2002.

La " laïcité organisée " désigne l’ensemble des associations et organismes regroupant des individus ne se réclamant d’aucune religion et désirant offrir un enseignement moral et une assistance à leurs membres.

Ainsi, la laïcité est davantage envisagée en Belgique dans le sens d’une valorisation de la raison et d’un comportement humaniste que d’une stricte séparation de l’Église et de l’État. En même temps, elle ne constitue qu’une composante idéologique de la société alors que, selon certains, elle devrait en constituer le fondement.

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