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Patrick Ruppol (Bioforum):"Le consommateur doit être cohérent"

Patrick Ruppol est le représentant de l’organisation Bioforum Wallonie du secteur de production agricole bio.

Avec le succès des produits issus de l’agriculture bio, certains chercheurs remettent en cause les bienfaits de l’agriculture biologique sur l’environnement. Ils critiquent notamment le fait que deux fois plus de terres cultivées soient nécessaire en raison d’un rendement moindre. Qu’en pensez-vous ?

Il importe de revenir sur ce que représente fondamentalement le bio pour comprendre les valeurs de ce secteur. Le bio est une approche globale de la santé qui intègre l’homme, l’animal, les sols, les plantes végétales et l’équilibre qu’il y a entre les quatre. Ce secteur comprend également un aspect environnemental avec le respect des saisons et des cycles de production, un aspect social avec un commerce équitable, et enfin un choix de techniques respectueuses de l’environnement pour préserver les sols. Dans le bio, une des grandes priorités est le respect global de l’environnement tandis que l’agriculture conventionnelle met plutôt l’accent sur le rendement.

On a également objecté que le transport et la transformation étaient les étapes les plus polluantes dans la chaîne de la production alimentaire, relativisant ainsi les bienfaits du bio sur l’environnement. Qu’en pensez-vous ?

Il faut rester très nuancé sur l’utilisation des filières courtes et ne pas éviter une filière longue sans réfléchir. Par exemple, pour un produit comme l’huile essentielle, il est avantageux que ce produit soit élaboré là où se trouve la plante nécessaire à sa fabrication. Le volume obtenu à la fin de la transformation du produit est si réduit que le coût environnemental dû au transport est finalement dérisoire.

C’est aussi au consommateur d’être cohérent avec ses choix. Le label bio l’aide à avoir une consommation en faveur de l’environnement. Cependant, il doit prendre en compte d’autres paramètres comme le fait de consommer des produits de saison ou faire attention au moyen de transport qu’il utilise pour venir faire ses courses…

Le bio est considéré comme meilleur pour la santé. Mais avec la permission d’avoir un label Bio malgré un taux de 0,9 % d’OGM accidentellement introduit par dissémination des cultures, le bio  gardera-t-il cet avantage ?

Le règlement européen tolère une présence d’un taux de 0,9 %, mais cette tolérance est bien maximum, accidentelle et fortuite. C'est-à-dire que si un producteur reçoit un lot contaminé, l’agriculteur en cause devra mettre en place toutes les mesures nécessaires afin de revenir à des cultures bio sans aucun OGM.

Par ailleurs, en Région wallonne, nous n’avons pas de cultures OGM. Les seuls risques de contamination proviennent donc des produits importés. Et ces derniers subissent également un contrôle des moyens mis en place pour éviter les contaminations.

Pensez-vous qu’il serait bon de subventionner davantage l’agriculture biologique ?

Les agriculteurs n’ont aucune envie d’être assistés par l’état, ils veulent plutôt vivre de ce qu’ils font. Aucun agriculteur bio ne demande d’obtenir des subventions spécifiques pour compenser son type d’agriculture. Ils ont beaucoup plus de fierté à vendre leurs fruits et légumes à un prix décent pour vivre. Ce qu’il faut, c’est octroyer un prix juste à l’agriculture biologique, et c’est donc bien pour cette raison que les produits bio sont plus chers.

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