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André Sapir:"tout dépend de ce qu'on est prêt à payer"

André Sapir:"tout dépend de ce qu'on est prêt à payer"

Pour en savoir plus sur les enjeux économiques qui se cachent derrière nos labels bio et commerce équitable, nous avons interrogé André SAPIR, professeur d’économie à l’Université Libre de Bruxelles et également spécialiste de l'intégration européenne et de la globalisation. Il nous parle de sa vision sur le commerce équitable et sur le secteur bio à une échelle mondiale.

Les nouvelles tendances alimentaires comme le bio et le commerce équitable bouleversent-elles l’équilibre du marché de l’alimentation mondiale ? On entend par exemple parler de surproduction de café, suite au succès du commerce équitable...

Le secteur bio et le commerce équitable restent encore des marchés trop marginaux pour bouleverser l’équilibre du marché mondial. Ce n’est d’ailleurs pas le commerce équitable, encore très peu développé, qui crée une surproduction d’un produit comme le café. La quantité de production du café dépend plutôt des conditions climatiques, qui varient chaque année. Et si une année, il y a une surproduction d’un produit qui amène une baisse des prix, les agriculteurs choisissent en général de cultiver autre chose. De plus, le prix payé selon les principes du commerce équitable pour une production de café ne peut pas être fixé indépendamment du prix du marché mondial.

Pensez-vous qu’il est possible d’élargir le commerce équitable à d’autres producteurs, afin qu’il finisse par devenir la norme de production ?

Il est tout à fait possible d’instaurer cette pratique à d’autres producteurs et d’élargir la gamme des produits du commerce équitable. On remarque d’ailleurs que les gammes s’élargissent déjà. Il serait même possible d’appliquer le commerce équitable à tous les produits, tout dépend de ce que le consommateur est prêt à payer. En revanche, la question qui se pose est : quelle va être la marge de prix entre un produit du commerce conventionnel et un produit du commerce équitable ? Pour certains produits, le différentiel de prix sera moindre, donc le commerce équitable y sera facilement applicable. Mais pour d’autres produits, la marge sera telle, que le commerce équitable est presque inenvisageable. C’est un peu comme acheter des habits faits sur mesure ou du prêt-à-porter, tout est une question de choix. Et bien sûr, pour le commerce équitable, ce choix est un choix éthique.

Dans une optique environnementaliste, on parle de favoriser la consommation de produits locaux et de saison. Si ce genre de pratique prend de l’ampleur, cela ne risque-t-il pas de déséquilibrer le marché mondial en diminuant les importations de produits des pays du Sud en voie de développement ?

Ici, en Belgique, ne consommer que des produits locaux et de saison restreindrait énormément notre consommation de fruits et de légumes. De plus, notre petit pays ne produirait certainement pas suffisamment de denrées alimentaires pour nourrir toute sa population.

Il faut également se rendre compte que les produits locaux et de saison ne sont pas toujours synonymes de protection de l’environnement. Tout va dépendre du produit en lui-même, de son moyen de production et des moyens de transports utilisés pour son importation. Prenons par exemple les fleurs importées d’Afrique, vendues hors saison. Malgré leur transport, ces fleurs sont peut-être moins nuisibles pour l’environnement, que des fleurs cultivées sous serre en Hollande, qui consomment beaucoup plus d’énergie, car elles doivent rester sous une certaine température. Les importations ne doivent donc pas être directement jugées nuisibles à notre environnement mais plutôt pratiquées de manière réfléchie.

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